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jeudi, mai 23, 2024
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Affrontements armés au Nord-Kivu : Les services de santé  sont poussés à leur limite, alerte le CICR

Après des mois d’affrontements armés, les services de santé dans la région du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, sont poussés à leur limite. Dans certaines régions, plus de deux tiers des structures médicales ne fonctionnent plus, tandis que la population civile y compris des milliers de personnes déplacées, devient chaque jour plus vulnérable. C’est ce qu’indique un communiqué du Comité international de la Croix rouge (CICR).
Entre janvier 2021 et août 2022, le CICR, dans les régions où il a accès, a pu documenter près d’une trentaine d’évènements portant atteinte à l’accès aux soins de santé de la population présente dans le Nord-Kivu. La réalité sur le terrain est sans doute encore plus grave.
En raison de la violence, de nombreux centres médicaux ont dû fermer leurs portes et ceux encore ouverts font face à des ruptures d’approvisionnement ou à un manque de personnel. « Dans la seule zone de santé de Rwanguba qui compte 21 structures, 15 ne sont plus fonctionnelles », indique Catherine Savoy, coordinatrice du département « Santé » au Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Dans beaucoup de cas, les malades n’arrivent pas à rejoindre une structure médicale en raison de l’insécurité. Les familles, résidentes ou déplacées, se trouvent coincées entre les lignes de front. Les professionnels de santé sont aussi contraints de fuir leur lieu de travail pour se réfugier dans des zones plus sures. Cette situation occasionne une absence d’accès aux soins préventifs et curatifs. Les malades sont abandonnés à leur sort.
« J’ai amené ma femme, qui avait une infection, ici à Rwanguba, parce qu’il n’y avait plus personne dans les centres de santé de chez nous. Là-bas, si tu tombes vraiment malade, c’est la mort assurée », témoigne Ategeka, habitant une des localités voisines de Rwanguba.
Les familles déplacées dans un état critique. Les structures médicales fonctionnelles sont pour la plupart débordées, surtout dans les zones de réception des personnes déplacées, comme à Rutshuru, Kiwanja, et sur l’axe Rutshuru-Goma. Elles travaillent très souvent bien au-delà de leurs capacités.
« En situation normale, la plupart des centres de santé ont déjà des difficultés à maintenir des soins de qualité à cause du manque de personnel, de moyens financiers et matériels », précise Catherine Savoy. « En situation de crise, elles ne peuvent pas absorber le surplus de patients, ce qui a un impact sur l’accès aux soins de toute la population. »
Également, les personnes déplacées n’arrivent pas la plupart du temps à payer les frais de leur prise en charge médicale. « Nous sommes en train de tomber malades, et pour être soignés, on nous demande de payer 8 000 francs congolais (4 USD) rien que pour une fiche de consultation. Nous ne sommes que de simples déplacés, où allons-nous trouver cet argent ? », regrette Mamy, 35 ans, mèrede huit enfants, cultivatrice et déplacée à Biruma. « En une semaine, deux enfants sont morts de diarrhée, de vomissements et de paludisme dans l’école qui nous héberge. »
La situation sanitaire dans les camps de déplacés demeure préoccupante. « Nous avons urgemment besoin d’un dispensaire pour une prise en charge rapide des malades dans notre camp », confie Elisabeth, quadragénaire, déplacée refoulée d’Ouganda à Rwasa, tout près de Kiwanja. « Nous sommes logés mais n’avons pas assez de latrines. Comme les gens défèquent à l’air libre, on commence à enregistrer beaucoup de cas de diarrhée et de vomissements chez les enfants. »
« Si les acteurs en présence dans la région ne prennent pas davantage de mesures pour faciliter l’accès aux soins de santé, la situation pourrait davantage s’aggraver », conclut Catherine Savoy.
Au Nord-Kivu et dans les autres zones où il est présent, le CICR entretient un dialogue confidentiel et bilatéral avec les acteurs impliqués, notamment pour assurer l’accès aux soins de santé des
personnes touchées par les conflits armés et autres situations de violence. Il sensibilise les porteurs d’armes à la problématique des soins de santé en danger et au respect des règles du droit international humanitaire en général. Par ailleurs, le CICR soutient les structures de santé dans plusieurs zones touchées par des situations de conflits et de violence et procède aux évacuations médicales quand les conditions de sécurité le permettent.
Au premier semestre 2022, en RD Congo, dans le cadre des activités « Santé » du CICR :
• 185 853 personnes ont bénéficié de consultations curatives dans les centres de santé et hôpitaux;
• 22 251 personnes ont bénéficié de consultations prénatales (premier contact et suivi) dans les centres de santé ;
• 634 blessés par arme ont été pris en charge ;
• 3 569 victimes de violences ont reçu un soutien psychologique et psychosocial dans les
différentes structures ;
• 1 891 personnes ont reçu des soins de réadaptation physique ;
• 2 030 détenus ont bénéficié d’une prise en charge nutritionnelle ;
562 personnes (communauté, porteurs d’armes et personnel de santé) ont reçu une formation en premiers secours.

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Après des mois d’affrontements armés, les services de santé dans la région du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, sont poussés à leur limite. Dans certaines régions, plus de deux tiers des structures médicales ne fonctionnent plus, tandis que la population civile y compris des milliers de personnes déplacées, devient chaque jour plus vulnérable. C’est ce qu’indique un communiqué du Comité international de la Croix rouge (CICR).
Entre janvier 2021 et août 2022, le CICR, dans les régions où il a accès, a pu documenter près d’une trentaine d’évènements portant atteinte à l’accès aux soins de santé de la population présente dans le Nord-Kivu. La réalité sur le terrain est sans doute encore plus grave.
En raison de la violence, de nombreux centres médicaux ont dû fermer leurs portes et ceux encore ouverts font face à des ruptures d’approvisionnement ou à un manque de personnel. « Dans la seule zone de santé de Rwanguba qui compte 21 structures, 15 ne sont plus fonctionnelles », indique Catherine Savoy, coordinatrice du département « Santé » au Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Dans beaucoup de cas, les malades n’arrivent pas à rejoindre une structure médicale en raison de l’insécurité. Les familles, résidentes ou déplacées, se trouvent coincées entre les lignes de front. Les professionnels de santé sont aussi contraints de fuir leur lieu de travail pour se réfugier dans des zones plus sures. Cette situation occasionne une absence d’accès aux soins préventifs et curatifs. Les malades sont abandonnés à leur sort.
« J’ai amené ma femme, qui avait une infection, ici à Rwanguba, parce qu’il n’y avait plus personne dans les centres de santé de chez nous. Là-bas, si tu tombes vraiment malade, c’est la mort assurée », témoigne Ategeka, habitant une des localités voisines de Rwanguba.
Les familles déplacées dans un état critique. Les structures médicales fonctionnelles sont pour la plupart débordées, surtout dans les zones de réception des personnes déplacées, comme à Rutshuru, Kiwanja, et sur l’axe Rutshuru-Goma. Elles travaillent très souvent bien au-delà de leurs capacités.
« En situation normale, la plupart des centres de santé ont déjà des difficultés à maintenir des soins de qualité à cause du manque de personnel, de moyens financiers et matériels », précise Catherine Savoy. « En situation de crise, elles ne peuvent pas absorber le surplus de patients, ce qui a un impact sur l’accès aux soins de toute la population. »
Également, les personnes déplacées n’arrivent pas la plupart du temps à payer les frais de leur prise en charge médicale. « Nous sommes en train de tomber malades, et pour être soignés, on nous demande de payer 8 000 francs congolais (4 USD) rien que pour une fiche de consultation. Nous ne sommes que de simples déplacés, où allons-nous trouver cet argent ? », regrette Mamy, 35 ans, mèrede huit enfants, cultivatrice et déplacée à Biruma. « En une semaine, deux enfants sont morts de diarrhée, de vomissements et de paludisme dans l’école qui nous héberge. »
La situation sanitaire dans les camps de déplacés demeure préoccupante. « Nous avons urgemment besoin d’un dispensaire pour une prise en charge rapide des malades dans notre camp », confie Elisabeth, quadragénaire, déplacée refoulée d’Ouganda à Rwasa, tout près de Kiwanja. « Nous sommes logés mais n’avons pas assez de latrines. Comme les gens défèquent à l’air libre, on commence à enregistrer beaucoup de cas de diarrhée et de vomissements chez les enfants. »
« Si les acteurs en présence dans la région ne prennent pas davantage de mesures pour faciliter l’accès aux soins de santé, la situation pourrait davantage s’aggraver », conclut Catherine Savoy.
Au Nord-Kivu et dans les autres zones où il est présent, le CICR entretient un dialogue confidentiel et bilatéral avec les acteurs impliqués, notamment pour assurer l’accès aux soins de santé des
personnes touchées par les conflits armés et autres situations de violence. Il sensibilise les porteurs d’armes à la problématique des soins de santé en danger et au respect des règles du droit international humanitaire en général. Par ailleurs, le CICR soutient les structures de santé dans plusieurs zones touchées par des situations de conflits et de violence et procède aux évacuations médicales quand les conditions de sécurité le permettent.
Au premier semestre 2022, en RD Congo, dans le cadre des activités « Santé » du CICR :
• 185 853 personnes ont bénéficié de consultations curatives dans les centres de santé et hôpitaux;
• 22 251 personnes ont bénéficié de consultations prénatales (premier contact et suivi) dans les centres de santé ;
• 634 blessés par arme ont été pris en charge ;
• 3 569 victimes de violences ont reçu un soutien psychologique et psychosocial dans les
différentes structures ;
• 1 891 personnes ont reçu des soins de réadaptation physique ;
• 2 030 détenus ont bénéficié d’une prise en charge nutritionnelle ;
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