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jeudi, mai 23, 2024
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R. Bernhard: « Je suis rentré (…) avec un sentiment de révolte face au désastre humanitaire (…) dont les civils paient une fois encore le prix

La reprise des affrontements en octobre dernier dans la région du Nord-Kivu entre l’armée congolaise et le Mouvement du 23 mars (M23) a provoqué le déplacement de milliers de familles. Dans un environnement hostile et précaire, ces dernières peinent à survivre. « Je suis rentrée du territoire de Nyiragongo avec un sentiment de révolte face au désastre humanitaire généré par ces mois de conflit et dont les civils paient une fois encore le prix », a déclaré Rachel Bernhard, cheffe de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC. « Les communautés déracinées de leur terre sont privées d’accès à leurs moyens de subsistance. Il est urgent qu’elles puissent rentrer cultiver leurs champs».

Le territoire de Nyiragongo accueille plus de 177 400 personnes déplacées selon l’ONU. La plupart ont trouvé refuge à Kibati et Kanyaruchinya. Ces deux localités sont situées à une cinquantaine de kilomètres du territoire de Rutshuru où se déroulent les combats et à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Goma, capitale de la province. Pour ceux qui étaient déjà sur place, comme pour les nouveaux arrivants, les besoins sont extrêmement importants. Parmi les priorités : le logement, les installations sanitaires, les soins de santé, l’eau potable et la nourriture.

 J’ai neuf enfants à nourrir. Comme c’est difficile à moi seule de trouver à manger, je les envoie mendier au marché et le long des routes », confie Francine Twizeye, 33 ans. « Quand la nourriture manque, nous donnons notre part à nos enfants », souligne pour sa part Joséphine Habakurama, 32 ans. 

Les défis de la réponse humanitaire

Si dans le territoire de Nyiragongo l’aide arrive généralement sans entrave, dans celui de Lubero, où se concentrent plus de 98 000 personnes déplacées, les acteurs humanitaires éprouvent plus de difficultés.

Les accrochages répétés entre parties au conflit ne permettent pas d’avoir des garanties d’accès à toutes les zones. Il faut ajouter à cela le mauvais état des routes qui s’accentue en cette saison pluvieuse. Des éboulements ont été observés sur plusieurs tronçons, rendant plus difficile encore l’acheminement de l’assistance.

Par ailleurs, que ce soit dans le Nyiragongo ou le Lubero, la pléthore de sites de déplacement constitue un défi majeur en termes de prise en charge. L’ONU estime que plus de 390 000 personnes sont déplacées depuis le début des hostilités dans le Rutshuru en mars dernier. Avec des mouvements des populations d’une telle ampleur, l’aide humanitaire s’organise mais les attentes restent énormes. A ce jour, les besoins surpassent largement l’assistance donnée.

« Le nombre de déplacés ne fait qu’augmenter au fil des jours. Si les affrontements ne s’arrêtent pas, nous serons face une crise humanitaire qu’il sera difficile de maîtriser », prévient Anne-Sylvie Linder, cheffe de la sous-délégation du CICR au Nord-Kivu. « Nous rappelons de nouveau à toutes les parties au conflit leur devoir de protection des populations civiles et de leurs biens, comme le prescrit le droit international humanitaire. »

Abris et conditions d’hygiène précaires

Dans une hutte de deux mètres sur deux, couverte d’un sac en plastique, une mère avec trois de ses sept enfants cherche un endroit sec où s’asseoir. Quand il pleut la journée, c’est gérable. Mais la nuit, c’est un véritable cauchemar. « Je couvre ma maison avec une bâche en plastique. Un déplacé n’a pas de choix, il se contente du peu qui se présente à lui », indiqueSifa Rehama, mère de sept enfants. « Mon mari, mes trois enfants les plus jeunes et moi-même dormons ici. Nous laissons les plus grands se débrouiller chez les voisins ou dans un autre campement », poursuit-elle.

Par ailleurs, l’accès aux installations sanitaires demeure un véritable casse-tête dans cet environnement surpeuplé. Aline Murarizi explique : « Aujourd’hui, je me suis réveillée à l’aube, mais il y avait déjà des gens devant les six latrines qui existent. J’ai dû attendre une heure pour entrer. Parfois, cela finit en dispute. »

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R. Bernhard: « Je suis rentré (…) avec un sentiment de révolte face au désastre humanitaire (…) dont les civils paient une fois encore le prix

La reprise des affrontements en octobre dernier dans la région du Nord-Kivu entre l’armée congolaise et le Mouvement du 23 mars (M23) a provoqué le déplacement de milliers de familles. Dans un environnement hostile et précaire, ces dernières peinent à survivre. « Je suis rentrée du territoire de Nyiragongo avec un sentiment de révolte face au désastre humanitaire généré par ces mois de conflit et dont les civils paient une fois encore le prix », a déclaré Rachel Bernhard, cheffe de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC. « Les communautés déracinées de leur terre sont privées d’accès à leurs moyens de subsistance. Il est urgent qu’elles puissent rentrer cultiver leurs champs».

Le territoire de Nyiragongo accueille plus de 177 400 personnes déplacées selon l’ONU. La plupart ont trouvé refuge à Kibati et Kanyaruchinya. Ces deux localités sont situées à une cinquantaine de kilomètres du territoire de Rutshuru où se déroulent les combats et à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Goma, capitale de la province. Pour ceux qui étaient déjà sur place, comme pour les nouveaux arrivants, les besoins sont extrêmement importants. Parmi les priorités : le logement, les installations sanitaires, les soins de santé, l’eau potable et la nourriture.

 J’ai neuf enfants à nourrir. Comme c’est difficile à moi seule de trouver à manger, je les envoie mendier au marché et le long des routes », confie Francine Twizeye, 33 ans. « Quand la nourriture manque, nous donnons notre part à nos enfants », souligne pour sa part Joséphine Habakurama, 32 ans. 

Les défis de la réponse humanitaire

Si dans le territoire de Nyiragongo l’aide arrive généralement sans entrave, dans celui de Lubero, où se concentrent plus de 98 000 personnes déplacées, les acteurs humanitaires éprouvent plus de difficultés.

Les accrochages répétés entre parties au conflit ne permettent pas d’avoir des garanties d’accès à toutes les zones. Il faut ajouter à cela le mauvais état des routes qui s’accentue en cette saison pluvieuse. Des éboulements ont été observés sur plusieurs tronçons, rendant plus difficile encore l’acheminement de l’assistance.

Par ailleurs, que ce soit dans le Nyiragongo ou le Lubero, la pléthore de sites de déplacement constitue un défi majeur en termes de prise en charge. L’ONU estime que plus de 390 000 personnes sont déplacées depuis le début des hostilités dans le Rutshuru en mars dernier. Avec des mouvements des populations d’une telle ampleur, l’aide humanitaire s’organise mais les attentes restent énormes. A ce jour, les besoins surpassent largement l’assistance donnée.

« Le nombre de déplacés ne fait qu’augmenter au fil des jours. Si les affrontements ne s’arrêtent pas, nous serons face une crise humanitaire qu’il sera difficile de maîtriser », prévient Anne-Sylvie Linder, cheffe de la sous-délégation du CICR au Nord-Kivu. « Nous rappelons de nouveau à toutes les parties au conflit leur devoir de protection des populations civiles et de leurs biens, comme le prescrit le droit international humanitaire. »

Abris et conditions d’hygiène précaires

Dans une hutte de deux mètres sur deux, couverte d’un sac en plastique, une mère avec trois de ses sept enfants cherche un endroit sec où s’asseoir. Quand il pleut la journée, c’est gérable. Mais la nuit, c’est un véritable cauchemar. « Je couvre ma maison avec une bâche en plastique. Un déplacé n’a pas de choix, il se contente du peu qui se présente à lui », indiqueSifa Rehama, mère de sept enfants. « Mon mari, mes trois enfants les plus jeunes et moi-même dormons ici. Nous laissons les plus grands se débrouiller chez les voisins ou dans un autre campement », poursuit-elle.

Par ailleurs, l’accès aux installations sanitaires demeure un véritable casse-tête dans cet environnement surpeuplé. Aline Murarizi explique : « Aujourd’hui, je me suis réveillée à l’aube, mais il y avait déjà des gens devant les six latrines qui existent. J’ai dû attendre une heure pour entrer. Parfois, cela finit en dispute. »

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