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samedi, mai 18, 2024
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De nouveaux médicaments peuvent aider à mettre fin au sida, mais les prix élevés et les monopoles pourraient empêcher les pauvres d’y avoir accès

Une bonne nouvelle pour commencer : nous assistons à l’émergence d’un nouveau type de médicaments révolutionnaires pour prévenir et traiter le VIH. Bientôt disponibles, ces médicaments dits à action prolongée ne devront être pris que quelques fois par an seulement au lieu des thérapies quotidiennes actuelles. S’ils sont mis à disposition d’un très large public au fur et à mesure de leur mise sur le marché, ils permettront de sauver de nombreuses vies et d’aider à mettre fin à la pandémie de sida.

Mais voici la mauvaise nouvelle : dans la situation actuelle, la plupart des personnes qui en ont besoin ne pourront pas les obtenir rapidement à cause de leur prix élevés et parce que des monopoles excluront les personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire. C’est, une fois encore, la direction que nous prenons.

L’ONUSIDA s’est entourée de scientifiques, de chercheurs et chercheuses de réputation mondiale. Tous et toutes ont mis en avant que des médicaments de prévention à action prolongée sont désormais disponibles. Ces derniers se limitent à quelques injections par an pour protéger très efficacement contre la transmission du VIH. Les États-Unis les ont déjà autorisés et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se penche actuellement sur le dossier.

À court terme, nous disposerons également d’autres médicaments prometteurs pour un traitement à action prolongée actuellement en cours de développement. S’ils tiennent leurs promesses, ils faciliteront le suivi à vie d’une thérapie contre le VIH, même pour les personnes dont le mode de vie ne permet pas de prendre aisément un comprimé tous les jours.

De nouveaux outils de prévention du VIH comme la prophylaxie pré-exposition (PPrE) à action prolongée sont indispensables pour lutter contre la pandémie en cours. En 2020, alors que l’humanité s’était donné pour objectif commun de ramener les nouvelles infections en dessous de la barre des 500 000 cas, nous en avons recensé 1,5 million et les nouvelles contaminations au VIH augmentent dans beaucoup trop de communautés.

La PPrE injectable à action prolongée pourrait aider à combler une lacune essentielle en matière de prévention du VIH pour les personnes exposées à des niveaux de risque extrêmes, en particulier ceux et celles dont la vie, les conditions logistiques et le contexte juridique gênent l’accès et la prise d’une PPrE orale.

On retrouve parmi ces populations les victimes de discriminations, les hommes gays et les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe et les toxicomanes en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes, ainsi qu’en Europe de l’Est. Les jeunes femmes africaines ont également besoin de nouvelles options de prévention du VIH, car elles sont exposées à des risques disproportionnés par rapport aux jeunes hommes de leur âge.

Des études ont montré que de nombreuses personnes souhaitent une option à action prolongée et on estime en effet que 74 millions de personnes dans le monde optent pour des méthodes de contraception injectables à action prolongée. Des études à la méthodologie précise présentées lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) ont montré que la PPrE à action prolongée peut empêcher davantage de nouvelles infections que la prise quotidienne d’un comprimé.

Si l’OMS approuve son utilisation, le monde aura l’obligation de la rendre rapidement disponible à grande échelle. La meilleure façon de s’assurer que ces découvertes révolutionnaires changent la donne tout autour du globe est de les mettre librement à la disposition de toutes les personnes qui la choisissent.

L’année dernière, les États membres de l’ONU ont approuvé une nouvelle Déclaration politique sur le VIH/sida qui fixe un objectif ambitieux : que 11 millions de personnes aient accès à la PPrE d’ici 2025. Pour y parvenir, les gouvernements et les institutions qui devront acheter des stocks importants auront besoin de le faire à un prix abordable pour eux.

Actuellement, aux États-Unis, la PPrE à action prolongée coûte des dizaines de milliers de dollars. Cependant, les membres du Comité consultatif scientifique et technique (STAC) de l’ONUSIDA estiment qu’il est possible de produire une PPrE à action prolongée à un prix abordable, ce qui fera passer son coût de plusieurs dizaines de milliers de dollars à quelques dizaines de dollars seulement. Une baisse des prix serait possible sans rogner sur les profits à long terme des fabricants.

Pour le traitement du VIH, la science fait également des progrès rapides, et des technologies prometteuses en cours de développement pourraient rebattre les cartes. L’année dernière, 28,2 millions de personnes séropositives suivaient un traitement contre le VIH, ce qui correspond à plus de 10 milliards de comprimés consommés par an.

Mais 10 millions d’autres personnes ont toujours besoin d’un traitement anti-VIH. Le choix entre une pilule dont l’effet dure une semaine et une injection qui est efficace pendant des mois, faciliterait considérablement la mise en place et le suivi d’une thérapie, et, par conséquent, permettrait de sauver des vies et de donner un coup d’arrêt à la transmission du VIH.

L’accès généralisé à ces médicaments est entravé par plusieurs obstacles structurels, dont le fait que leur production reste jusqu’à présent entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises présentes dans de rares pays. Cette situation maintient les prix à un niveau élevé et limite (et concentre) l’offre. Nous savons par expérience (avec les premiers ARV, la deuxième génération d’ARV et les vaccins et médicaments contre la COVID-19) que cette barrière ne peut être surmontée que par une intervention sur le marché.

Lorsqu’un traitement contre le VIH est apparu pour la première fois à la fin des années 1990, la thérapie coûtait plus de 10 000 $ par personne par an à cause des monopoles, si bien que des millions de personnes séropositives n’avaient pas les moyens de se l’offrir.

Une des conséquences a été la mort de 12 millions de personnes en Afrique. Nous avons observé une utilisation massive des antirétroviraux pour mettre fin au sida à partir du moment où les pays à revenu faible et intermédiaire ont lutté contre les pressions exercées et ont commercialisé des médicaments génériques concurrents, mais aussi lorsque la société civile mondiale a contraint les entreprises et les gouvernements occidentaux à cesser de se mettre en travers de leur route.

Cette expérience a conduit l’humanité à la conclusion qu’il ne fallait plus jamais que les personnes des pays en voie de développement soient exclues de l’accès aux technologies médicales vitales. Pourtant cette même approche d’exclusion aux conséquences mortelles empêche actuellement l’Afrique d’avoir accès à suffisamment de vaccins pour lutter contre la crise de la COVID-19.

Et vu la direction prise aujourd’hui, nous craignons que l’histoire ne se répète avec les nouveaux médicaments anti-VIH. Il faudra peut-être des années avant que de nouveaux médicaments disponibles à New York ou à Londres atteignent les personnes qui en ont le plus besoin à Manille, Freetown, Maputo, Sao Paolo et Port-au-Prince.

Toutefois, une autre stratégie existe, une stratégie qui garantit que les découvertes scientifiques développent leur plein potentiel. Les entreprises qui fabriquent des médicaments anti-VIH sont en mesure de fixer des prix à des niveaux que les pays à revenu faible et intermédiaire peuvent payer. La production de génériques dans les pays à revenu faible et intermédiaire est essentielle pour garantir des prix abordables sur le long terme.

Pour ce faire, nous devons briser les monopoles. Le regroupement des brevets et le transfert proactif de technologies permettront à un plus grand nombre d’entreprises en Afrique, en Asie et en Amérique latine de fabriquer des ARV à action prolongée à faible coût. Cela doit devenir une pratique standard. Par ailleurs, il est possible de partager des informations avant même d’avoir obtenu l’autorisation officielle de mise sur le marché.

Bien entendu, le prix et la production locale ne sont pas les seuls obstacles à une utilisation efficace de ces traitements. Certains systèmes de santé publique auront besoin de la solidarité et du soutien du monde entier pour assurer leur approvisionnement. Cette aide ne se limitera pas à l’achat, mais couvrira la logistique et le stockage, des formations pour assurer une fourniture efficace des médicaments, ou encore l’engagement des communautés pour couvrir la demande en traitements et apporter les connaissances suffisantes sur ces thérapies afin de renforcer leur suivi. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida et nos partenaires apportent leur soutien à tous ces domaines.

Appuyons-nous sur la riposte urgente contre la COVID-19 pour mettre fin aux inégalités d’accès à toutes les technologies de santé, en encourageant les meilleures recherches scientifiques et en les transmettant à tout le monde, en investissant dans toutes les innovations en matière de santé qui sont des biens publics pour l’humanité entière.

Pour stopper les pandémies d’aujourd’hui et prévenir celles de demain, il est essentiel de passer d’une logique de monopoles des connaissances sur les technologies de santé vitales à une logique de partage dans le monde entier. Nous devons réformer les règles relatives à la protection de la propriété intellectuelle qui nous ont fait échouer au cours de ces pandémies, de sorte que l’accès aux découvertes scientifiques vitales ne dépende plus de votre passeport ou de l’argent que vous avez en poche.

Nous avons besoin que les gouvernements utilisent leurs compétences pour obliger le partage des découvertes scientifiques et des technologies liées aux pandémies, et nous avons besoin de leviers pour obliger les entreprises et les pays à utiliser les mécanismes dirigés par l’OMS. Nous devons créer une séparation entre les incitations en faveur de l’innovation et les monopoles sur la fabrication. Les monopoles restreignent l’offre, perpétuent des prix inabordables, aggravent les inégalités et se sont révélés un moteur d’innovation peu fiable, en particulier pour les problèmes de santé qui touchent de manière disproportionnée les personnes vivant dans la pauvreté.

Nous devons maintenant investir pour renforcer les capacités mondiales de production dans le domaine de la santé. Nous devons donner la priorité aux investissements dans les universités et autres établissements de recherche publics afin d’améliorer notre capacité technique à développer des technologies médicales pour toute l’humanité.

Nous pouvons mettre fin à la pandémie de sida. Ainsi qu’à la pandémie de COVID-19. Et arrêter les pandémies de demain. Mais nous avons pris du retard, en partie parce que les découvertes en biomédecine n’atteignent pas ceux et celles qui en ont le plus besoin. Agir en faveur des ARV à action prolongée évitera une contamination à de nombreuses personnes qui auraient sinon contracté le VIH. Les personnes vivant avec le VIH qui, autrement, seraient décédées du sida resteront en vie. Et le bien-être et la dignité des personnes exposées au VIH ou vivant avec le virus en seront renforcés.

Le fonctionnement normal du seul marché ne peut garantir un accès équitable à l’échelle mondiale aux technologies de lutte contre les pandémies. Ce dernier dépend aussi de la politique et de la pratique. Nous ne pouvons pas attendre le déploiement à grande échelle de toutes ces technologies dans les pays riches pour nous pencher sur ces règles. Nous devons nous y atteler sans attendre.

Les leaders des réseaux de la société civile, en particulier ceux dirigés par les personnes vivant avec le VIH et par les populations clés, nous demandent d’agir maintenant pour garantir l’accès de l’humanité entière aux nouvelles technologies anti-VIH. Nous en avons la capacité et le devoir.

En effet, le partage des découvertes scientifiques sauvera des vies et stoppera les pandémies.

Bureau IPS de l’ONU

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De nouveaux médicaments peuvent aider à mettre fin au sida, mais les prix élevés et les monopoles pourraient empêcher les pauvres d’y avoir accès

Une bonne nouvelle pour commencer : nous assistons à l’émergence d’un nouveau type de médicaments révolutionnaires pour prévenir et traiter le VIH. Bientôt disponibles, ces médicaments dits à action prolongée ne devront être pris que quelques fois par an seulement au lieu des thérapies quotidiennes actuelles. S’ils sont mis à disposition d’un très large public au fur et à mesure de leur mise sur le marché, ils permettront de sauver de nombreuses vies et d’aider à mettre fin à la pandémie de sida.

Mais voici la mauvaise nouvelle : dans la situation actuelle, la plupart des personnes qui en ont besoin ne pourront pas les obtenir rapidement à cause de leur prix élevés et parce que des monopoles excluront les personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire. C’est, une fois encore, la direction que nous prenons.

L’ONUSIDA s’est entourée de scientifiques, de chercheurs et chercheuses de réputation mondiale. Tous et toutes ont mis en avant que des médicaments de prévention à action prolongée sont désormais disponibles. Ces derniers se limitent à quelques injections par an pour protéger très efficacement contre la transmission du VIH. Les États-Unis les ont déjà autorisés et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) se penche actuellement sur le dossier.

À court terme, nous disposerons également d’autres médicaments prometteurs pour un traitement à action prolongée actuellement en cours de développement. S’ils tiennent leurs promesses, ils faciliteront le suivi à vie d’une thérapie contre le VIH, même pour les personnes dont le mode de vie ne permet pas de prendre aisément un comprimé tous les jours.

De nouveaux outils de prévention du VIH comme la prophylaxie pré-exposition (PPrE) à action prolongée sont indispensables pour lutter contre la pandémie en cours. En 2020, alors que l’humanité s’était donné pour objectif commun de ramener les nouvelles infections en dessous de la barre des 500 000 cas, nous en avons recensé 1,5 million et les nouvelles contaminations au VIH augmentent dans beaucoup trop de communautés.

La PPrE injectable à action prolongée pourrait aider à combler une lacune essentielle en matière de prévention du VIH pour les personnes exposées à des niveaux de risque extrêmes, en particulier ceux et celles dont la vie, les conditions logistiques et le contexte juridique gênent l’accès et la prise d’une PPrE orale.

On retrouve parmi ces populations les victimes de discriminations, les hommes gays et les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe et les toxicomanes en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes, ainsi qu’en Europe de l’Est. Les jeunes femmes africaines ont également besoin de nouvelles options de prévention du VIH, car elles sont exposées à des risques disproportionnés par rapport aux jeunes hommes de leur âge.

Des études ont montré que de nombreuses personnes souhaitent une option à action prolongée et on estime en effet que 74 millions de personnes dans le monde optent pour des méthodes de contraception injectables à action prolongée. Des études à la méthodologie précise présentées lors de la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) ont montré que la PPrE à action prolongée peut empêcher davantage de nouvelles infections que la prise quotidienne d’un comprimé.

Si l’OMS approuve son utilisation, le monde aura l’obligation de la rendre rapidement disponible à grande échelle. La meilleure façon de s’assurer que ces découvertes révolutionnaires changent la donne tout autour du globe est de les mettre librement à la disposition de toutes les personnes qui la choisissent.

L’année dernière, les États membres de l’ONU ont approuvé une nouvelle Déclaration politique sur le VIH/sida qui fixe un objectif ambitieux : que 11 millions de personnes aient accès à la PPrE d’ici 2025. Pour y parvenir, les gouvernements et les institutions qui devront acheter des stocks importants auront besoin de le faire à un prix abordable pour eux.

Actuellement, aux États-Unis, la PPrE à action prolongée coûte des dizaines de milliers de dollars. Cependant, les membres du Comité consultatif scientifique et technique (STAC) de l’ONUSIDA estiment qu’il est possible de produire une PPrE à action prolongée à un prix abordable, ce qui fera passer son coût de plusieurs dizaines de milliers de dollars à quelques dizaines de dollars seulement. Une baisse des prix serait possible sans rogner sur les profits à long terme des fabricants.

Pour le traitement du VIH, la science fait également des progrès rapides, et des technologies prometteuses en cours de développement pourraient rebattre les cartes. L’année dernière, 28,2 millions de personnes séropositives suivaient un traitement contre le VIH, ce qui correspond à plus de 10 milliards de comprimés consommés par an.

Mais 10 millions d’autres personnes ont toujours besoin d’un traitement anti-VIH. Le choix entre une pilule dont l’effet dure une semaine et une injection qui est efficace pendant des mois, faciliterait considérablement la mise en place et le suivi d’une thérapie, et, par conséquent, permettrait de sauver des vies et de donner un coup d’arrêt à la transmission du VIH.

L’accès généralisé à ces médicaments est entravé par plusieurs obstacles structurels, dont le fait que leur production reste jusqu’à présent entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises présentes dans de rares pays. Cette situation maintient les prix à un niveau élevé et limite (et concentre) l’offre. Nous savons par expérience (avec les premiers ARV, la deuxième génération d’ARV et les vaccins et médicaments contre la COVID-19) que cette barrière ne peut être surmontée que par une intervention sur le marché.

Lorsqu’un traitement contre le VIH est apparu pour la première fois à la fin des années 1990, la thérapie coûtait plus de 10 000 $ par personne par an à cause des monopoles, si bien que des millions de personnes séropositives n’avaient pas les moyens de se l’offrir.

Une des conséquences a été la mort de 12 millions de personnes en Afrique. Nous avons observé une utilisation massive des antirétroviraux pour mettre fin au sida à partir du moment où les pays à revenu faible et intermédiaire ont lutté contre les pressions exercées et ont commercialisé des médicaments génériques concurrents, mais aussi lorsque la société civile mondiale a contraint les entreprises et les gouvernements occidentaux à cesser de se mettre en travers de leur route.

Cette expérience a conduit l’humanité à la conclusion qu’il ne fallait plus jamais que les personnes des pays en voie de développement soient exclues de l’accès aux technologies médicales vitales. Pourtant cette même approche d’exclusion aux conséquences mortelles empêche actuellement l’Afrique d’avoir accès à suffisamment de vaccins pour lutter contre la crise de la COVID-19.

Et vu la direction prise aujourd’hui, nous craignons que l’histoire ne se répète avec les nouveaux médicaments anti-VIH. Il faudra peut-être des années avant que de nouveaux médicaments disponibles à New York ou à Londres atteignent les personnes qui en ont le plus besoin à Manille, Freetown, Maputo, Sao Paolo et Port-au-Prince.

Toutefois, une autre stratégie existe, une stratégie qui garantit que les découvertes scientifiques développent leur plein potentiel. Les entreprises qui fabriquent des médicaments anti-VIH sont en mesure de fixer des prix à des niveaux que les pays à revenu faible et intermédiaire peuvent payer. La production de génériques dans les pays à revenu faible et intermédiaire est essentielle pour garantir des prix abordables sur le long terme.

Pour ce faire, nous devons briser les monopoles. Le regroupement des brevets et le transfert proactif de technologies permettront à un plus grand nombre d’entreprises en Afrique, en Asie et en Amérique latine de fabriquer des ARV à action prolongée à faible coût. Cela doit devenir une pratique standard. Par ailleurs, il est possible de partager des informations avant même d’avoir obtenu l’autorisation officielle de mise sur le marché.

Bien entendu, le prix et la production locale ne sont pas les seuls obstacles à une utilisation efficace de ces traitements. Certains systèmes de santé publique auront besoin de la solidarité et du soutien du monde entier pour assurer leur approvisionnement. Cette aide ne se limitera pas à l’achat, mais couvrira la logistique et le stockage, des formations pour assurer une fourniture efficace des médicaments, ou encore l’engagement des communautés pour couvrir la demande en traitements et apporter les connaissances suffisantes sur ces thérapies afin de renforcer leur suivi. Le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida et nos partenaires apportent leur soutien à tous ces domaines.

Appuyons-nous sur la riposte urgente contre la COVID-19 pour mettre fin aux inégalités d’accès à toutes les technologies de santé, en encourageant les meilleures recherches scientifiques et en les transmettant à tout le monde, en investissant dans toutes les innovations en matière de santé qui sont des biens publics pour l’humanité entière.

Pour stopper les pandémies d’aujourd’hui et prévenir celles de demain, il est essentiel de passer d’une logique de monopoles des connaissances sur les technologies de santé vitales à une logique de partage dans le monde entier. Nous devons réformer les règles relatives à la protection de la propriété intellectuelle qui nous ont fait échouer au cours de ces pandémies, de sorte que l’accès aux découvertes scientifiques vitales ne dépende plus de votre passeport ou de l’argent que vous avez en poche.

Nous avons besoin que les gouvernements utilisent leurs compétences pour obliger le partage des découvertes scientifiques et des technologies liées aux pandémies, et nous avons besoin de leviers pour obliger les entreprises et les pays à utiliser les mécanismes dirigés par l’OMS. Nous devons créer une séparation entre les incitations en faveur de l’innovation et les monopoles sur la fabrication. Les monopoles restreignent l’offre, perpétuent des prix inabordables, aggravent les inégalités et se sont révélés un moteur d’innovation peu fiable, en particulier pour les problèmes de santé qui touchent de manière disproportionnée les personnes vivant dans la pauvreté.

Nous devons maintenant investir pour renforcer les capacités mondiales de production dans le domaine de la santé. Nous devons donner la priorité aux investissements dans les universités et autres établissements de recherche publics afin d’améliorer notre capacité technique à développer des technologies médicales pour toute l’humanité.

Nous pouvons mettre fin à la pandémie de sida. Ainsi qu’à la pandémie de COVID-19. Et arrêter les pandémies de demain. Mais nous avons pris du retard, en partie parce que les découvertes en biomédecine n’atteignent pas ceux et celles qui en ont le plus besoin. Agir en faveur des ARV à action prolongée évitera une contamination à de nombreuses personnes qui auraient sinon contracté le VIH. Les personnes vivant avec le VIH qui, autrement, seraient décédées du sida resteront en vie. Et le bien-être et la dignité des personnes exposées au VIH ou vivant avec le virus en seront renforcés.

Le fonctionnement normal du seul marché ne peut garantir un accès équitable à l’échelle mondiale aux technologies de lutte contre les pandémies. Ce dernier dépend aussi de la politique et de la pratique. Nous ne pouvons pas attendre le déploiement à grande échelle de toutes ces technologies dans les pays riches pour nous pencher sur ces règles. Nous devons nous y atteler sans attendre.

Les leaders des réseaux de la société civile, en particulier ceux dirigés par les personnes vivant avec le VIH et par les populations clés, nous demandent d’agir maintenant pour garantir l’accès de l’humanité entière aux nouvelles technologies anti-VIH. Nous en avons la capacité et le devoir.

En effet, le partage des découvertes scientifiques sauvera des vies et stoppera les pandémies.

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