Le spectre d’Ebola plane à nouveau sur le lac Kivu. À Idjwi, l’inquiétude grandit face aux mouvements de jeunes travailleurs revenant des mines de Mungwalu, épicentre d’une flambée de la souche Bundibugyo. Entre peur, sensibilisation et appels à la vigilance, la population redoute une propagation silencieuse.
La menace est prise très au sérieux dans ce territoire insulaire du Sud-Kivu. Alors que l’épidémie d’Ebola sévit dans la province de Ituri, plusieurs jeunes d’Idjwi, partis travailler dans les mines aurifères de Mungwalu, continuent de faire la navette entre ces deux zones. Un flux humain qui alimente les craintes d’une introduction du virus dans une entité déjà fragile sur le plan sanitaire.
Dans une interview accordée ce lundi 25 mai 2026, Albert Cinabuguma, président de l’Association des journalistes d’Idjwi pour la paix, la démocratie et les droits humains, tire la sonnette d’alarme. Il évoque des initiatives locales de sensibilisation, mais insiste sur leur insuffisance face à l’ampleur du risque. « Nous informons la population, mais sans contrôle strict aux points d’entrée, nos efforts resteront limités », prévient-il.
Sur le terrain, les témoignages traduisent une anxiété croissante. « Mon frère revient souvent de Mungwalu. Nous avons peur de l’accueillir sans savoir s’il est sain », confie Espérance, habitante de Kashofu. De son côté, Jonas, un jeune creuseur, minimise : « Nous sommes contrôlés là-bas. Il ne faut pas paniquer inutilement. » Mais pour Chantal, mère de famille, « le danger est réel, surtout avec le manque de structures de santé adaptées ici ».
Les professionnels de santé locaux, eux, redoutent le pire. « Si un cas arrive à Idjwi, nous serons rapidement débordés », alerte un infirmier du centre de santé de Bugarula. Une inquiétude partagée par Jean-Pierre, enseignant : « On parle beaucoup de prévention, mais concrètement, rien n’est visible aux ports. Les voyageurs circulent librement. » Même son de cloche chez Amani, conducteur de pirogue : « Personne ne vérifie les passagers. Nous sommes exposés sans protection. »
Face à cette situation, les acteurs de la société civile multiplient les appels à l’action. Ils demandent aux autorités sanitaires de renforcer les dispositifs de contrôle aux points d’entrée lacustres, notamment à travers des tests systématiques et une surveillance accrue des mouvements de population. La sensibilisation, bien que cruciale, ne saurait remplacer des mesures concrètes de prévention.
À Idjwi, l’histoire récente des épidémies rappelle que la vigilance est une question de survie. Dans un contexte humanitaire déjà fragile, l’arrivée d’Ebola serait un choc de trop. Entre peur et responsabilité collective, la population attend désormais des réponses rapides et efficaces pour éviter que l’île ne devienne le prochain foyer de la maladie.



