La République démocratique du Congo affronte la plus vaste épidémie d’Ebola jamais enregistrée sur son territoire. Alors que la riposte peine encore à freiner la progression du virus Bundibugyo, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités congolaises accélèrent le lancement d’essais cliniques de traitements et de vaccins.
L’objectif, précise une note d’ONU Infos à congocroissance.com, est de disposer enfin d’outils spécifiques contre cette souche du virus particulièrement létale, contre laquelle il n’existe pour l’instant aucun vaccin homologué. Selon l’OMS, la recherche entre désormais dans une phase décisive, alors que plusieurs candidats thérapeutiques et vaccinaux sont désormais prêts à être évalués en conditions réelles.
Lors d’une conférence de presse à Genève, le Dr Vasee Moorthy, responsable du programme « R&D Blueprint » de l’OMS, qui permet d’accélérer les activités de recherche et développement en cas d’épidémie, a annoncé mardi le déploiement de plusieurs essais cliniques contre la souche Bundibugyo.
Cette accélération, a-t-il dit, s’appuie sur plusieurs années de préparation menées avec des partenaires internationaux. Des protocoles de recherche avaient été élaborés en amont afin de pouvoir être activés dès qu’un traitement ou un vaccin potentiel devenait disponible.
L’Ituri, laboratoire de la riposte
Sur le terrain, l’essai thérapeutique PARTNERS recrute déjà des patients dans trois centres de la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, dans l’est congolais. Mené par l’Institut national congolais de recherche biomédicale (INRB) en partenariat avec l’OMS et plusieurs ONG sanitaires, il inclut déjà plus d’une cinquantaine de malades atteints de cas confirmés.
Parallèlement, un essai consacré à un traitement potentiel de prophylaxie post-exposition est également en cours dans cette province. Plus de 25 patients ont déjà été recrutés afin d’évaluer si l’obeldesivir, un médicament administré par voie orale pendant dix jours à des personnes fortement exposées au virus, peut empêcher le développement de la maladie.
La prévention constitue l’autre pilier de cette stratégie scientifique. Plusieurs candidats-vaccins progressent simultanément.
Le premier vaccin spécifiquement conçu contre le virus Bundibugyo, développé par l’université d’Oxford et le Serum Institute of India, est entré en phase 1 d’essais cliniques au Royaume-Uni le 24 juillet. Un second candidat, mis au point par l’entreprise pharmaceutique Moderna, doit entamer à son tour cette première phase d’évaluation cette semaine au Canada.
En parallèle, de nouvelles données précliniques sur Ervebo, le vaccin déjà homologué contre la souche Zaïre d’Ebola, alimentent les recherches visant à déterminer s’il pourrait également offrir une protection contre le virus Bundibugyo.

Une épidémie qui continue de s’emballer
Cette accélération de la recherche intervient alors que l’épidémie poursuit sa progression à un rythme inédit. En une semaine, 567 nouveaux cas et 296 décès ont été enregistrés, les bilans hebdomadaires les plus élevés depuis le début de la flambée, le 15 mai dernier.
Selon le dernier point de situation publié par l’OMS, la RDC comptabilise désormais 3 748 cas confirmés, 1 657 décès et 708 guérisons.
La maladie touche 49 zones de santé réparties dans cinq provinces outre l’Ituri, le Haut-Uélé, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo. Si l’Ituri concentre encore près de 90 % des cas, l’extension de la transmission à plusieurs provinces complique les efforts de contrôle.
Près de 17 000 personnes contacts sont actuellement suivies, dont environ 80 % font l’objet d’un suivi quotidien, un dispositif indispensable pour tenter de rompre les chaînes de transmission.
Face à cette dynamique, l’OMS estime que les moyens déployés restent insuffisants. « Nous avons besoin d’un soutien accru, tant sur le plan financier qu’en ressources opérationnelles, afin de renforcer l’ensemble des composantes de la riposte », a déclaré Tarik Jasarevic, porte-parole de l’organisation.
Selon l’agence onusienne, ces ressources supplémentaires sont nécessaires pour augmenter les capacités de prise en charge des patients, renforcer les équipes d’investigation, soutenir les opérations d’inhumation sécurisée et appuyer les agents communautaires mobilisés contre l’épidémie.