Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, traverse une situation alarmante marquée par une pénurie prolongée d’eau potable.
Depuis le mercredi 7 janvier 2026, l’eau ne coule plus dans les robinets de plusieurs quartiers de la ville, plongeant la population boyomaise dans de grandes difficultés.
Dans les différents coins de la ville, les puits et sources non aménagés sont pris d’assaut par une foule compacte à la recherche d’eau. Les alentours de ces points d’approvisionnement sont envahis par des récipients de toutes sortes, souvent insuffisants face à la forte demande. Certaines familles rentrent chez elles les mains vides, faute d’argent ou en raison de l’engouement excessif.
Selon le constat fait par notre rédaction, un bidon de 20 à 25 litres se négocie actuellement entre 500 et 600 francs congolais, sans compter les frais de transport jusqu’au domicile, une charge devenue insupportable pour de nombreux ménages.
« Nous sommes très déçues par cette carence d’eau potable qui dure depuis trois jours. Vivre ainsi est insupportable. Les travaux ménagers, l’hygiène, la consommation et même laver les enfants pour l’école deviennent un véritable casse-tête. L’eau des puits n’est pas bien traitée, et l’eau en sachet coûte trop cher sans suffire à tous les besoins. Nos maris ne sont pas payés jusqu’à présent. Que les autorités trouvent une solution, car l’eau, c’est la vie », témoigne maman Marie Badjoko, ménagère habitant la commune de Makiso.
Un drame de trop sur la rivière Tshopo
Cette pénurie a déjà causé un drame. Un enfant de 10 ans s’est noyé dans la rivière Tshopo, vers Sotexiki, alors qu’il se baignait après être allé puiser de l’eau.
En cette période de manque d’eau potable, de nombreuses familles et enfants vivant le long du fleuve Congo et de la rivière Tshopo s’y rendent pour s’approvisionner ou se laver, une pratique qui expose régulièrement la population à des risques mortels.
À Kisangani, ces cas de noyade deviennent tristement récurrents à chaque interruption prolongée de la desserte en eau potable.
Colère des abonnés et impacts économiques
Par ailleurs, plusieurs abonnés dénoncent la majoration des factures de la REGIDESO, alors que la desserte reste irrégulière.
Selon eux, l’eau ne coule que tard dans la nuit, entre 23 heures et 8 heures du matin, un moment peu propice pour les activités domestiques.
La crise touche également les petits commerçants
De nombreuses familles vivent de la vente d’eau en sachet, une activité qui leur permet de scolariser leurs enfants, de se soigner et de payer le loyer. Aujourd’hui, cette source de revenus est paralysée, plongeant ces ménages dans une situation précaire.
Le manque d’électricité, lié aux travaux annoncés par la SNEL sur le groupe n°1, aggrave davantage la situation. Cet entretien, qui devrait durer plusieurs jours, serait à la base de la pénurie d’eau actuelle, la REGIDESO dépendant fortement de l’énergie électrique pour le pompage.
« Nos provisions ont pourri dans les congélateurs. Il est impossible de les consommer sans risquer des maladies. Avec la coupure du courant, nous avons perdu nos capitaux », déplore Mme Mélanie Kayomba, vendeuse de vivres frais.
Un appel pressant aux autorités
Face à cette double crise d’eau et d’électricité, les habitants de Kisangani appellent les autorités provinciales, la SNEL et la REGIDESO à trouver rapidement une solution durable.
Dans une ville de six communes et du secteur de Lubeya-Bera, la persistance de cette situation expose la population à des risques sanitaires majeurs, notamment des maladies hydriques et des épidémies.
Affaire à suivre.
Augustin Tsheza



