Au regard des dernières données de l’Enquête démographique et de santé (EDS), la province de la Haute-Uele affiche malheureusement la prévalence du VIH/SIDA la plus élevée de la République démocratique du Congo, avec un taux de 7,4 %. Une situation très alarmante qui impose une réponse urgente face à une pandémie de plus en plus juvénile.

Selon le coordonnateur provincial du Programme national de lutte contre le VIH/SIDA (PNLS), cette forte prévalence s’explique par plusieurs facteurs liés aussi bien au contexte international qu’au contexte national.

Sur le plan international, le Dr Samuel Maraka évoque notamment la proximité de la province avec la République centrafricaine, qui affichait déjà en 2010 une prévalence de 2,5 %, tandis que le Soudan du Sud enregistrait à la même période un taux de 3 % dans la population générale. Pourtant, la République démocratique du Congo présentait alors une moyenne nationale d’à peine 1 %.

Le médecin souligne également l’influence des mouvements transfrontaliers dans la propagation du VIH.

« Bien que nous ne partagions pas directement une frontière avec l’Ouganda, ce pays affichait une prévalence très élevée dans la région. Les mouvements de populations, notamment des commerçants pour des raisons économiques, ont fortement lié notre province à l’Ouganda. Cette situation a sensiblement contribué à l’explosion de la prévalence dans la province.

Sur le plan interne, plusieurs comportements sociaux et culturels compliquent également la riposte contre la pandémie.  Les coutumes, certaines considérations religieuses ainsi que la sexualité précoce observée chez les jeunes filles figurent parmi les facteurs aggravants. Selon les données sanitaires, des adolescentes âgées de seulement 13 ans fréquentent déjà les consultations prénatales (CPN).

Le coordonnateur provincial cite également les commerçants ambulants ainsi que les activités minières comme facteurs favorisant la propagation du VIH dans la province.

« Notre province compte de nombreuses carrières minières dont l’accès demeure difficile pour mener des activités de sensibilisation, de dépistage, de distribution des préservatifs et d’autres interventions. Malheureusement, beaucoup de personnes ne viennent se faire dépister qu’au moment où leur état de santé est déjà très affaibli », a-t-il regretté.

Face à cette situation, le PNLS plaide pour des approches innovantes afin d’améliorer la prise en charge des populations exposées.

« Dans le cadre de la multisectorialité de la lutte, nous avons formé des infirmiers et des médecins capables d’assurer le dépistage. Toutefois, la couverture des services reste insuffisante. Grâce à l’appui du Fonds mondial depuis 2016, les 13 zones de santé de la province ont été intégrées dans la lutte contre le VIH/SIDA. Mais dans chaque zone, seules dix structures sanitaires offrent le paquet VIH », a poursuivi le Dr Samuel Maraka.

Il déplore également l’insuffisance des intrants médicaux nécessaires à la riposte.

« Il existe un sérieux problème d’intrants qui ne sont pas toujours disponibles. Ce que le Fonds mondial fournit ne suffit pas. Une convergence des partenaires dans la province de la Haute-Uele permettrait de mutualiser les efforts afin de toucher davantage de personnes dans le cadre de la riposte contre cette pandémie et d’élargir l’offre du paquet VIH », a-t-il ajouté.

Un appui du secteur privé jugé insuffisant

Le coordonnateur provincial reconnaît l’existence de certaines initiatives du secteur privé et des organisations confessionnelles, tout en estimant que ces efforts demeurent insuffisants face à l’ampleur de la situation.

« Kibali Gold Mine a, à un moment donné, appuyé l’ONG AFIA Santé. Mais les activités de cette ONG se limitaient à la cité de Durba, alors que l’idéal aurait été de couvrir l’ensemble de la province », a-t-il indiqué.

Il cite également l’implication des structures confessionnelles dans la riposte.

« Les Augustins ont créé plusieurs centres de dépistage volontaire (CVV) dans différents centres de santé. Le Programme médical protestant apporte également son appui à la riposte », a-t-il précisé.

Le Dr Samuel Maraka appelle enfin à un renforcement des initiatives communautaires et associatives.

« Nous avons aussi l’UCOP+, qui est présente chez nous, mais il faudrait davantage la stimuler afin qu’elle puisse nous appuyer dans les témoignages, la sensibilisation et l’accompagnement communautaire. Et donc  Avec cette prévalence de 7,4%,  je souhaite que les autorités nationales puissent prendre une décision et considérer la Haute-Uele comme une province d’urgence sanitaire, en mettant en place un programme d’appui d’urgence afin d’atteindre toutes les personnes à travers des activités de prévention et de prise en charge, dans l’espoir de réduire la prévalence. Nous comptons sur l’appui des autorités, mais aussi des partenaires, des associations et des ONG », a plaidé le Dr Samuel Maraka.

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