La polémique enfle autour de la société Plantations Huileries du Congo (PHC SA), les organisations de la société civile haussent le ton et dénoncent face à cette petition controverse à des voix critiques du processus de restructuration de l’entreprise.

Une pétition controversée contre la PHC à la recapitalisation et au désengagement de l’État congolais, cristallise désormais les tensions, notamment dans cinq sites stratégiques : Lokutu, Boteka, Yaligimba, Mokaria et Ebonda.

 Une levée de boucliers de la société civile

Les organisations membres du Réseau d’Information et d’Appui aux ONG (RIAO-RDC) dénoncent une initiative qu’elles jugent motivée par des intérêts privés et des calculs politiques. Selon cette coalition, la pétition en circulation risquerait de compromettre les efforts entrepris ces dernières années pour améliorer les conditions de vie des populations locales.

Dans une déclaration conjointe, ces organisations évoquent une démarche « scandaleuse » susceptible de fragiliser la stabilité sociale dans des zones déjà vulnérables.

Elles pointent notamment un risque de rupture du fragile équilibre communautaire dans les régions concernées.

Parmi les structures mobilisées figurent notamment l’Amis de la Nature pour la Paix Sociale (ANPS), le RIAO-RDC, MUDEV et CADAP. Ces ONGs remettent ouvertement en cause les motivations de l’ initiateur de la pétition.

 Des inquiétudes dans cinq zones clés

Les tensions sont particulièrement palpables dans les cinq sites où opère PHC : Lokutu, Boteka, Yaligimba, Mokaria et Ebonda. Dans ces zones enclavées, des milliers de familles dépendent directement ou indirectement des activités de l’entreprise.

Depuis 2021, plusieurs avancées ont été enregistrées, notamment en matière d’emploi, de projets sociaux et de dialogue avec les communautés locales. Pour les organisations de la société civile, toute déstabilisation de l’entreprise pourrait avoir des conséquences sociales graves.

Elles qualifient ainsi la pétition de « menace potentielle » pour la paix sociale, allant jusqu’à parler d’un « coup de poignard » contre les efforts de développement en cours.

 Un appel à la responsabilité des autorités

Face à la montée des tensions, le RIAO-RDC lance un appel urgent aux autorités congolaises ainsi qu’à la communauté nationale et internationale.

L’objectif est de prévenir une crise communautaire en gestation et préserver les acquis sociaux dans ces régions fragiles du pays.

Les organisations insistent sur la nécessité de privilégier l’intérêt général, estimant que des intérêts particuliers ne doivent pas primer sur la cohésion sociale, surtout dans un contexte marqué par des crises récurrentes dans la région des Grands Lacs.

 PHC, une entreprise stratégique sous pression

En toile de fond, PHC SA traverse une phase critique de son histoire. Entre impératif de recapitalisation, retrait de l’État congolais de son capital et contentieux judiciaires, l’entreprise se trouve à un tournant décisif.

Acteur majeur de l’agro-industrie en République démocratique du Congo, PHC emploie plus de 11 000 travailleurs et joue un rôle central dans les provinces de l’Équateur, de la Mongala et de la Tshopo. Au-delà de la production d’huile de palme, elle contribue au développement local à travers des infrastructures sociales et économiques.

Le désengagement de l’État et la recapitalisation

Jusqu’en 2025, l’État congolais détenait 23,83 % du capital de PHC SA.

Faute de moyens pour participer à l’augmentation de capital nécessaire à la relance de l’entreprise, il a opté pour un retrait volontaire, conformément aux règles de l’OHADA.

Cette décision a permis de réorganiser l’actionnariat et d’engager une recapitalisation jugée essentielle pour assurer la survie de la société.

Selon les dirigeants, cette opération vise à rétablir l’équilibre financier, relancer la production, moderniser les installations et préserver les emplois.

Sans cela, l’entreprise s’exposerait à un risque réel de faillite, avec des répercussions économiques et sociales majeures.

 Une controverse persistante

Le processus reste toutefois contesté. Un ancien administrateur de PHC, Mpinga Kalaa, dénonce des irrégularités dans la procédure de désengagement de l’État.

Engagé dans plusieurs actions judiciaires contre la société, il a jusqu’à présent été débouté par différentes juridictions, tant nationales que régionales, y compris la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA). Il poursuit néanmoins ses démarches pour faire entendre sa position.

 Un enjeu aux dimensions nationales

Au-delà des tensions actuelles, le dossier PHC soulève des questions fondamentales sur la gestion des actifs stratégiques en République démocratique du Congo.

Entre impératif de relance économique, exigences de transparence et enjeux sociaux, l’avenir de PHC apparaît comme un test majeur pour le climat des affaires et la stabilité dans les zones rurales.

Dans ce contexte tendu, la recapitalisation de PHC SA apparaît comme un enjeu crucial. Pour ses partisans, elle représente une opportunité de relance et de consolidation économique. Pour ses détracteurs, elle soulève des préoccupations légitimes sur la gouvernance et la souveraineté.

Une chose est certaine : l’issue de ce dossier aura des répercussions durables, tant pour les milliers de familles concernées que pour l’avenir du secteur agro-industriel congolais.

 

Augustin Tsheza

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