La République démocratique du Congo veut accélérer ses efforts en faveur de l’allaitement maternel exclusif. A l’occasion de la « Semaine mondiale de l’allaitement maternel 2026 », le Programme national de la nutrition (PRONANUT) appelle à consolider les initiatives et bonnes pratiques déjà mises en œuvre afin de porter le taux d’allaitement maternel exclusif à 80 % à l’horizon 2030.
Placée sous le thème « Un bon départ commence par l’allaitement : renforcer ce qui marche, pour chaque mère et chaque enfant », cette campagne, a dit la Directrice adjointe du PRONANUT, Madame Béatrice Kalenga dans un entretien exclusif accordé à congocroissance.com dans le cadre de la célébration de cette semaine mondiale, met l’accent sur la nécessité de garantir à chaque enfant les meilleures conditions possibles dès les premières heures de sa vie.
59 % d’allaitement exclusif, mais encore des efforts à fournir
Selon les données présentées par le Programme national de la nutrition, le taux d’allaitement maternel exclusif chez les enfants de moins de six mois se situe actuellement autour de 59 % en RDC.
Un résultat qui témoigne des progrès réalisés, mais qui reste encore en dessous de l’ambition fixée pour les prochaines années.
« Pour le moment, nous sommes à 59 %. Raison pour laquelle le mois d’août constitue pour nous un mois fort auquel nous devons vraiment intensifier les messages clés par rapport à l’allaitement maternel exclusif», a déclaré la Directrice adjointe du PRONANUT, soulignant que l’objectif affiché est de parvenir à 80 % d’ici 2030, conformément aux ambitions nationales et aux engagements liés aux objectifs de développement durable.
Renforcer ce qui marche déjà
Pour le PRONANUT, il ne s’agit pas seulement de lancer de nouvelles initiatives, mais aussi de consolider les pratiques qui ont déjà démontré leur efficacité.
Le renforcement de la sensibilisation communautaire apparaît ainsi comme l’une des principales pistes d’action. Les familles et les communautés doivent être davantage informées sur les bénéfices de l’allaitement maternel exclusif et sur l’importance d’accompagner les mères.
« Nous devons renforcer d’abord les bonnes pratiques qui sont en train d’être mises en œuvre, mais qui donnent des résultats positifs», a récommandé la Directrice adjointe du PRONANUT.
Cette approche vise à créer les conditions d’un « bon départ » pour chaque enfant, en mettant la mère et l’enfant au centre des interventions.
Le personnel de santé au cœur de la stratégie mais aussi les médias
Le renforcement des compétences des professionnels de santé constitue également un axe majeur de cette stratégie. Les agents de santé sont appelés à mieux accompagner les femmes avant, pendant et après l’accouchement afin de favoriser l’adoption des bonnes pratiques d’allaitement.
La mobilisation ne devrait toutefois pas s’arrêter aux structures sanitaires.
Les leaders politiques, religieux et communautaires sont également invités à s’impliquer davantage dans la promotion de l’allaitement maternel.
Dans cette dynamique, a dit la Directrice adjointe, les professionnels des médias occupent une place importante. Leur capacité à toucher un large public peut contribuer à renforcer la sensibilisation et à combattre les fausses informations qui circulent parfois autour de l’alimentation du nourrisson.
« Quand nous parlons seulement du personnel de santé, à côté, il y a aussi des professionnels des médias. L’implication des médias doit donc être considérée comme un véritable levier de santé publique», a-t-elle insisté.
Une mobilisation multisectorielle nécessaire
La promotion de l’allaitement maternel nécessite enfin une action concertée entre plusieurs secteurs. La santé, la nutrition, le genre, la communication et les acteurs communautaires sont appelés à travailler ensemble pour créer un environnement favorable aux mères allaitantes.
« Tous les ministères qui sont sensibles à la nutrition doivent être impliqués», a souligné la Directrice adjointe du PRONANUT, reconnaissant que l’enjeu est particulièrement important pour les femmes qui peuvent rencontrer des difficultés à poursuivre l’allaitement en raison de contraintes sociales, professionnelles ou familiales.
Faire de 2030 une échéance pour accélérer les progrès
Avec un taux actuellement estimé à 59 %, la République démocratique du Congo dispose encore d’une marge importante pour atteindre la cible de 80 % fixée pour 2030.
La Semaine mondiale de l’allaitement maternel 2026 constitue donc une occasion de relancer la mobilisation autour d’un message essentiel : « chaque mère doit pouvoir bénéficier de l’information, de l’accompagnement et du soutien nécessaires pour allaiter son enfant dans de bonnes conditions ».
Enfin, au-delà du seul mois d’août, le défi consiste désormais à inscrire ces actions dans la durée afin de transformer les acquis en progrès durables et de garantir à chaque enfant congolais un meilleur départ dans la vie.
Les obstacles qui freinent encore l’allaitement exclusif
Derrière les chiffres se cachent des réalités quotidiennes auxquelles de nombreuses mères sont confrontées. Si certaines parviennent à pratiquer l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, d’autres abandonnent ou rencontrent des difficultés en raison d’un manque d’accompagnement et d’informations adaptées.
Pour le PRONANUT, l’accompagnement de la mère dès les premières heures suivant l’accouchement constitue l’un des principaux leviers pour favoriser la réussite de l’allaitement.
«« Dans l’heure qui suit l’accouchement, la mère doit mettre directement l’enfant au sein pour stimuler la montée de lait et permettre à l’enfant de commencer à téter», a souligné la Directrice adjointe du PRONANUT.
Cette étape est particulièrement importante pour les jeunes mères qui deviennent mamans pour la première fois et qui ne maîtrisent pas nécessairement les techniques d’allaitement.
Apprendre les bonnes techniques pour éviter les douleurs
Contrairement à certaines idées reçues, allaiter ne consiste pas simplement à mettre le bébé au sein. Selon PRONANUT, la position du bébé, la manière dont il prend le sein et la façon dont la mère le porte sont autant d’éléments qui peuvent influencer le déroulement de l’allaitement.
Une mauvaise prise du sein, a indiqué Madame Béatrice Kalenga, peut notamment provoquer des douleurs, des crevasses ou des lésions au niveau du mamelon, susceptibles de décourager la mère.
« Il y a des techniques : comment elle va porter son enfant, comment elle va mettre son sein dans la bouche de l’enfant pour éviter certaines crevasses ou des petites plaies au niveau du mamelon», a-t-elle fait savoir.
D’où l’importance, d’un accompagnement de proximité permettant à chaque mère de bénéficier de conseils pratiques, notamment lorsqu’il s’agit de son premier enfant.
Les fausses croyances, un autre frein
A ces difficultés s’ajoutent les croyances et les pressions sociales qui peuvent influencer les décisions des mères. Certaines femmes sont encouragées à recourir rapidement au lait maternisé, tandis que d’autres sont exposées à des discours affirmant que l’allaitement pourrait modifier leur corps ou entraîner une perte de la forme des seins.
Selon le PRONANUT, ces perceptions peuvent contribuer à fragiliser la confiance de certaines femmes dans leur capacité à allaiter.
Ainsi, l’information et la sensibilisation doivent donc également permettre de déconstruire ces idées reçues et de redonner confiance aux mères.
Le soutien de la famille et de la communauté
Au-delà de la mère, c’est tout son environnement qui est appelé à jouer un rôle. Le soutien du conjoint, de la famille et de la communauté peut faire la différence lorsqu’une femme traverse des moments de fatigue, de doute ou de découragement.
« La communauté doit porter l’amour et le soutien à cette mère qui vient d’accoucher pour qu’elle ait le temps d’allaiter son enfant», a exhorté Béatrice Kalenga.
D’après elle, le conjoint est lui aussi appelé à accompagner activement sa femme, notamment en contribuant aux tâches quotidiennes et en créant un environnement favorable à l’allaitement.
Travail, fatigue et stress : des défis à ne pas minimiser
La reprise du travail est souvent citée parmi les difficultés rencontrées par les mères. A cela peuvent s’ajouter le manque de sommeil, le stress et les bouleversements émotionnels qui accompagnent parfois la période suivant l’accouchement.
Dans ce contexte, l’accompagnement familial et communautaire apparaît une nouvelle fois comme un élément essentiel pour permettre à la mère de poursuivre l’allaitement.
«Beaucoup de mères, après avoir accouché, subissent certains stress, des traumatismes par rapport à l’enfant et parfois le manque de sommeil. Ça peut aussi les empêcher de donner le sein à leur enfant», a-t-elle déploré, appelant de tous ses vœux à un soutien collectif pour garantir un meilleur départ à l’enfant
Face à ces différents obstacles, la promotion de l’allaitement maternel ne peut donc reposer sur la seule responsabilité de la mère. Elle nécessite l’implication du personnel de santé, du conjoint, de la famille, de la communauté, des leaders d’opinion et des médias.
« L’objectif est de permettre à chaque femme de disposer des connaissances et du soutien nécessaires pour allaiter son enfant dans de bonnes conditions. Si elle est vraiment entourée par cet amour-là, si la communauté lui donne le soutien, je pense que nous arrivons à réussir à faire téter cet enfant-là », a souligné le numéro 2 du PRONANUT, qui estime que l’enjeu dépasse ainsi la seule alimentation du nourrisson. Ainsi, « soutenir une mère qui allaite, c’est aussi contribuer à la croissance, à la santé et à l’avenir de son enfant ».
Le colostrum, un premier bouclier pour le nouveau-né
Au-delà de la nutrition, l’allaitement maternel joue un rôle majeur dans la protection du nouveau-né. Le premier lait produit après l’accouchement, appelé colostrum, est particulièrement riche en éléments immunitaires et est souvent présenté comme le premier « vaccin naturel » du bébé.
Il contient notamment des anticorps qui contribuent à protéger l’enfant contre plusieurs infections, notamment les maladies diarrhéiques et certaines infections respiratoires.
«Le colostrum constitue le premier vaccin lactatif qu’on donne à l’enfant. Il contient des anticorps capables de protéger cet enfant contre certaines maladies, dont les infections respiratoires aiguës et la diarrhée », a fait savoir la Directrice adjointe du PRONANUT.
Ainsi, durant les six premiers mois, le lait maternel apporte également l’essentiel des nutriments et de l’eau nécessaires au développement du nourrisson, lorsqu’il est donné exclusivement au sein.
Bien plus qu’un aliment, un lien entre la mère et l’enfant
L’allaitement maternel ne se limite pas à nourrir le bébé. Il favorise également le contact physique et affectif entre la mère et son enfant. Le contact peau à peau, le regard et la proximité pendant les tétées contribuent à créer un lien d’attachement qui participe au développement affectif de l’enfant.
« Quand l’enfant est en train de téter, il est collé à sa mère. Cet attachement pendant l’allaitement maternel permet à l’enfant de développer l’amour», a-t-elle indiqué, avant d’encourager le contact peau à peau dès les premières heures suivant la naissance.
Ce contact peut également être pratiqué dans certaines situations par un autre proche lorsque la mère n’est momentanément pas en mesure de le faire, selon les recommandations des professionnels de santé.
Des bénéfices importants pour la mère
L’allaitement précoce présente également des avantages pour la santé maternelle. La stimulation du sein favorise la libération d’ocytocine, une hormone qui contribue à la contraction de l’utérus après l’accouchement.
Cette contraction favorise l’expulsion du placenta et contribue à réduire les pertes sanguines après la naissance.
« Dès que l’enfant est en train de téter, cela stimule beaucoup de choses chez la mère et facilite l’expulsion du placenta, ce qui contribue à réduire les risques d’hémorragie après l’accouchement», a faire remarquer Madame Béatrice Kalenga lors de cet entretien.
Ainsi, dans un pays où la mortalité maternelle demeure un enjeu majeur de santé publique, la promotion de l’allaitement précoce s’inscrit ainsi dans une approche plus large de protection de la santé de la mère et de l’enfant.
Une pratique qui peut aussi contribuer à l’espacement des naissances
Poursuivant son intervention, la directrice adjointe du PRONANUT a fait savoir que l’allaitement maternel peut également avoir un effet contraceptif naturel dans certaines conditions. Ainsi, dit-elle, la méthode de l’aménorrhée lactationnelle (MAMA) peut être efficace pendant les six premiers mois après l’accouchement lorsque trois conditions sont réunies : la mère n’a pas encore eu le retour de ses règles, l’enfant est âgé de moins de six mois et l’allaitement est exclusif ou quasi exclusif, avec des tétées fréquentes.
Il s’agit toutefois d’une méthode qui doit être expliquée correctement aux couples par les professionnels de santé et qui ne doit pas être assimilée à l’allaitement en général.
Un investissement pour la santé et le développement
Les bénéfices de l’allaitement maternel dépassent donc le cadre individuel. En contribuant à réduire certaines infections et à favoriser une croissance et un développement harmonieux de l’enfant, l’allaitement peut également contribuer à réduire la pression exercée sur les familles et les services de santé.
Pour les ménages, le lait maternel constitue par ailleurs une ressource disponible sans coût d’achat, contrairement aux substituts du lait maternel qui peuvent représenter une charge financière importante.
« Plus l’enfant tète, plus la mère stimule la production de son lait. Cela permet aussi de réduire les dépenses liées à l’achat d’autres laits»,
Investir dans l’allaitement, investir dans l’avenir
Pour le PRONANUT, promouvoir l’allaitement maternel revient finalement à investir simultanément dans la santé de l’enfant, la santé de la mère et le bien-être des familles.
La réussite de cette pratique nécessite toutefois un environnement favorable : une mère bien informée, un personnel de santé formé, le soutien du conjoint et de la famille, une communauté sensibilisée et des médias capables de diffuser des informations fiables.
Dans cette perspective, le thème de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel 2026 prend tout son sens : « renforcer ce qui fonctionne déjà afin de garantir à chaque mère et à chaque enfant un bon départ dans la vie ».



