Uvira étouffe. Depuis la chute de la ville aux mains de l’AFC/M23, le quotidien des habitants s’est transformé en un combat permanent pour survivre.
Sur les marchés, les prix flambent, les étals se vident et le panier ménager, jadis accessible, s’est mué en privilège réservé à une infime minorité.
La fermeture brutale des frontières avec le Burundi, la Tanzanie, la Zambie, Kalemie ainsi que de plusieurs axes stratégiques du territoire de Fizi a coupé la ville de ses principales artères d’approvisionnement. Résultat : une dépendance forcée envers des circuits plus longs et plus coûteux, notamment via le Rwanda, Bukavu et Goma. Cette nouvelle géographie commerciale impose des surcoûts que les ménages, déjà à bout, ne peuvent plus absorber.
Les chiffres donnent le vertige. Le sac de riz, autrefois vendu à 18 dollars, s’échange désormais entre 38 et 40 dollars. La farine Mbalé est passée de 12 à 22 dollars le sac. La farine de maïs ordinaire a bondi de 25 000 à 40 000 francs congolais. Le bidon de cinq litres d’huile de palme, indispensable dans les cuisines, coûte aujourd’hui 21 000 francs contre 12 000 auparavant. Même le haricot, nourriture de base, est devenu rare et cher : le « kigozi » est passé de 1 500 à près de 3 000 francs congolais.
La braise, source d’énergie essentielle, est désormais hors de portée pour de nombreux foyers. Le sac qui se vendait entre 30 000 et 35 000 francs atteint aujourd’hui 80 000 francs, voire 150 000 francs dans certains quartiers. Face à cette pénurie, des familles se résignent à utiliser des réchauds électriques, profitant d’une relative stabilité du courant dans certaines zones. D’autres produits de première nécessité pommes de terre, oignons, piments, poivrons rouges, savon ont vu leurs prix presque doubler, achevant de plonger la population dans la détresse.
Cette flambée des prix survient dans un contexte social déjà ravagé. Tracasseries multiples, pertes massives d’emplois, fermeture prolongée des banques depuis la chute de la ville : tout concourt à fragiliser davantage les habitants. Agents de l’État et fonctionnaires sont contraints au chômage forcé. Seuls quelques commerçants parviennent encore à tenir, mais au prix de sacrifices énormes et d’une insécurité permanente.
À Uvira, la colère et le désespoir montent. La population lance un cri d’alarme et exige des mesures urgentes : la réouverture immédiate des canaux d’approvisionnement, un contrôle strict des prix sur les marchés et des mécanismes de protection pour les ménages les plus vulnérables. Car sans réponse rapide, la crise économique risque de se transformer en véritable catastrophe humanitaire.



