Face aux difficultés liées à la gestion des ressources humaines mobilisées dans la riposte contre Ebola, le gouvernement congolais annonce l’harmonisation des rémunérations et le renforcement du contrôle des agents engagés sur le terrain. Plus de 21 000 relais communautaires ont déjà été formés, tandis qu’un système biométrique doit contribuer à lutter contre la présence d’agents fictifs sur les listes de paiement.
La riposte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo ne se limite pas aux aspects médicaux et logistiques. La gestion des ressources humaines et des financements mobilisés constitue également un enjeu majeur.
Pour mettre fin aux disparités de rémunération et aux chevauchements entre les différents partenaires, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Roger Kamba, a annoncé la mise en place d’un budget harmonisé et d’un barème commun de rémunération, lors du dernier briefing coanimé avec son collègue de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, en présence de la ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu.
Un seul budget pour éviter les chevauchements
S’exprimant à ce sujet, le ministre a reconnu que plusieurs partenaires intervenaient parfois séparément sur certains volets de la riposte, avec des modalités de paiement différentes, ce qui pouvait entraîner des situations paradoxales.
« Le gouvernement veut désormais mettre fin à cette fragmentation. Le principe annoncé est clair : un seul plan, un seul budget et une seule présentation des besoins, afin de permettre une meilleure coordination des ressources », a déclaré le Dr Roger Kamba.
Le ministre souhaite également que la rémunération des agents congolais mobilisés dans la riposte soit principalement assurée par l’État, plutôt que de dépendre de plusieurs partenaires.
Ce membre du gouvernement assure que les difficultés de paiement ne seraient pas liées à une absence de financement. Des fonds, a-t-il souligné, ont déjà été transférés afin de permettre le paiement des personnes engagées dans la riposte, et plusieurs agents auraient commencé à recevoir leurs rémunérations.
A travers ces mesures, le gouvernement cherche à corriger certaines faiblesses de gestion apparues au cours de la riposte : multiplicité des financements, disparités de rémunération, listes fictives et manque d’harmonisation.
L’enjeu est également de restaurer la confiance des agents présents sur le terrain. Car une riposte efficace dépend non seulement de la disponibilité des médicaments et des équipements, mais aussi de la capacité à rémunérer correctement les personnels, à identifier les bénéficiaires réels et à garantir une utilisation transparente des ressources mobilisées.
La mise en place d’un budget unique, d’un barème harmonisé et de l’identification biométrique pourrait constituer une étape importante dans cette direction, à condition que ces mécanismes soient effectivement appliqués et régulièrement contrôlés.
Des listes comportant des personnes fictives
Un autre problème complique cependant le processus : l’existence de listes comportant des personnes fictives.
Selon le ministre Roger Kamba, lors des opérations de paiement concernant plus de 1 000 personnes, entre 15 et 20 % des noms recensés auraient été fictifs.
« Cette situation alourdit les procédures, retarde les paiements et crée des suspicions sur la gestion des fonds », a-t-il dénoncé, avant d’annoncer le recours à l’enregistrement biométrique des agents comme solution durable.
L’objectif est de disposer d’une identification individuelle permettant de vérifier que chaque personne inscrite sur les listes existe réellement et participe effectivement à la riposte.
Cette situation montre la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle avant les opérations de paiement.
Selon le ministre de la Santé publique, cette réforme concerne également le personnel soignant. Ainsi, les médecins de l’Ituri seront désormais alignés sur un régime harmonisé de primes.
« Ceux qui bénéficiaient déjà de la prime de risque la conserveront, tandis que ceux qui n’en bénéficiaient pas devraient également y avoir accès. Une prime complémentaire harmonisée doit ensuite être appliquée selon les différentes catégories professionnelles. Médecins, infirmiers et autres catégories de personnels doivent ainsi être intégrés dans un système plus uniforme », a indiqué le Dr Roger Kamba.
Les relais communautaires au cœur du dispositif
Une attention particulière est accordée aux relais communautaires, considérés comme indispensables pour rapprocher la riposte des populations.
Dénonçant les disparités antérieures dans la rémunération de ces acteurs, certains partenaires les rémunérant à des niveaux très différents, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale a annoncé une rémunération de référence pour les relais communautaires.
« Les partenaires qui disposent de ressources supplémentaires sont encouragés à compléter cette rémunération plutôt qu’à maintenir des systèmes parallèles », a souligné le ministre.
Sur le terrain, plus de 21 000 relais communautaires ont déjà été formés dans le cadre de la riposte.
L’objectif du gouvernement est de pérenniser ces capacités au-delà de l’épidémie. Le ministre a expliqué que le modèle envisagé repose sur une norme d’environ un relais communautaire pour 500 familles, soit près de 3 000 personnes.
Pour l’Ituri, cela représenterait à terme environ 2 600 relais communautaires nécessaires pour assurer une couverture correspondant à cette norme.
Au-delà de la gestion immédiate de l’épidémie, le gouvernement entend ainsi mettre en place un système plus cohérent de gestion des ressources humaines, fondé sur l’harmonisation des rémunérations, l’identification des agents et une meilleure coordination des financements mobilisés dans la riposte contre Ebola.
