Depuis la mi-décembre, les hauts plateaux de Kalehe s’embrasent et la population paie le prix fort. Près de dix mille personnes ont fui sous les balles, cherchant refuge sans assistance humanitaire, tandis que les besoins vitaux explosent et que l’angoisse s’installe durablement au Sud-Kivu.

Depuis le 17 décembre 2025, 9 740 personnes, soit 1 948 ménages, ont été arrachées à leurs villages de Katasomwa, Litchiwe, Tchitendebwa, Ndosho, Bushaku 1 et 2, Kayeye et Nyabizubura, à la suite d’affrontements violents entre l’AFC/M23 et les Wazalendo dans les hauts plateaux de Kalehe. L’exode est brutal, désorganisé, et laisse derrière lui des maisons vides, des champs abandonnés et une peur tenace. « Nous sommes partis à l’aube, sans rien emporter, juste pour sauver nos vies », confie une mère de famille rencontrée à Nyamutwe.

Accueillis dans les sous-villages de Nyamutwe, Tshicheke, Dobuzonga, Mudusa et Tshizere Lege, relevant des aires de santé de Lemera, les déplacés survivent grâce à la solidarité des familles hôtes, elles-mêmes démunies. L’eau potable manque, les abris sont précaires et la nourriture se fait rare. « Ici, nous partageons un seul repas pour plusieurs familles », témoigne un notable local de Tshicheke, la voix chargée d’inquiétude.

Aucune assistance humanitaire structurée n’a encore été déployée, selon des sources locales concordantes. Cette absence aggrave une situation déjà critique, exposant les déplacés aux maladies et à l’insécurité. « Les enfants dorment à même le sol, sans moustiquaires ni couvertures », alerte une infirmière communautaire de l’aire de santé de Lemera, craignant une flambée de paludisme et d’infections respiratoires.

Les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées et celles à mobilité réduite paient le tribut le plus lourd de cette crise humanitaire à Kalehe. Les structures de santé sont débordées, parfois inaccessibles. « Nous n’avons ni médicaments ni matériel pour faire face à cet afflux », déplore un agent de santé local, soulignant l’urgence d’une intervention rapide.

Pour Bahati Bifuku Patient, président du comité humanitaire de base de l’aire de santé de Lemera, l’alerte est maximale. « Sans eau, sans soins et sans sécurité, nous risquons une catastrophe humanitaire majeure », prévient-il, appelant les autorités et les partenaires humanitaires à agir sans délai. Son message résonne comme un cri de détresse dans une région déjà éprouvée par des années de conflits.

Dans les hauts plateaux de Kalehe, l’attente devient insupportable. Chaque jour sans aide fragilise davantage des milliers de vies suspendues à l’espoir d’un secours. « Nous voulons juste rentrer chez nous en paix », murmure un déplacé âgé, assis devant un abri de fortune à Mudusa. En attendant, le Sud-Kivu regarde, inquiet, une crise humanitaire s’enraciner dans le silence.

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