Initialement prévue le 3 mai de chaque année, la Journée mondiale de la liberté de la presse a été commémorée en République Démocratique du Congo, le jeudi 30 avril dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires, informationnels et de cohésion nationale.

Placée sous le thème « Façonner un avenir de paix », cette célébration a réuni autorités publiques, partenaires internationaux et organisations professionnelles des médias autour d’un forum technique consacré à l’engagement citoyen des médias pour la paix et la cohésion nationale.

Représentant le Ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, en mission, son directeur de cabinet, Nicolas Lianza Likwale, a salué l’initiative portée par les organisations professionnelles.

« Cette activité s’inscrit dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Les organisations professionnelles se sont convenues d’organiser ce forum pour aboutir à un acte d’engagement des journalistes pour la paix. Nous ne pouvons que l’encourager, surtout dans un contexte où notre pays traverse un moment difficile qui exige résilience », a-t-il déclaré.

Évoquant la situation sécuritaire, notamment dans l’Est du pays, il a ajouté : « La profession du journaliste est fortement menacée, avec des risques d’atteintes physiques et même des assassinats ciblés. Nous pensons à tous ceux qui exercent dans ces territoires sous occupation et nous leur disons que le Gouvernement ne les oublie pas ». 

Selon lui, « la souveraineté ne se limite pas à l’intégrité territoriale, elle s’étend également à la maîtrise de l’espace informationnel », une orientation qui place les médias au cœur de la construction d’un récit national fondé sur les faits et la responsabilité.

Il a également mis en avant les réformes engagées depuis 2022 dans le secteur, notamment l’amélioration du cadre juridique de la presse, la modernisation des médias publics et les efforts de professionnalisation, dont la relance de la carte de presse.

Prenant la parole au nom de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), Kamanda wa Kamanda Muzembe a insisté sur la responsabilité sociale du journaliste en période de crise.

« Le thème “Façonner un avenir de paix” n’est pas un slogan, mais un impératif moral, professionnel et citoyen. Le journaliste n’est pas un simple relais d’informations. Il est un acteur de construction sociale qui éclaire, oriente et influence », a-t-il souligné.

Et de poursuivre : « Il porte la responsabilité de contribuer à la vérité sans alimenter les tensions, d’informer sans désinformer, de questionner sans fragiliser davantage le tissu social ».

Le président de l’UNPC a également présenté les objectifs du forum : « Nos travaux s’articulent autour de trois axes majeurs : un acte d’engagement pour un journalisme responsable en période de crise, un plan de relance de la presse congolaise et un mécanisme national de protection des journalistes ». 

De son côté, le représentant de l’UNESCO en RDC a replacé cette journée dans son contexte global, marqué par un recul de la liberté de la presse.

« La Journée mondiale de la liberté de la presse rappelle aux gouvernements la nécessité de respecter leurs engagements et constitue un moment de réflexion pour les professionnels des médias », a-t-il déclaré.

Il a alerté sur les tendances mondiales : « Nous observons un recul préoccupant de la liberté d’expression évalué à 10 % depuis 2012, accompagné de menaces croissantes, notamment la désinformation, la manipulation de l’information et les violences contre les journalistes ». 

Dans le contexte congolais, il a insisté sur le rôle stratégique des médias : « Les médias doivent renforcer le dialogue, prévenir les tensions et consolider la cohésion nationale dans un pays marqué par une grande diversité culturelle et linguistique ». 

Intervenant au nom des organisations de défense de la liberté de la presse, Tshivis Tshivuadi a rappelé les exigences liées à l’engagement des médias pour la paix.

« Cet engagement a un prix : celui de garantir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes. Ces femmes et ces hommes doivent être reconnus et protégés dans leur travail », a-t-il affirmé.

Se référant à la Déclaration de Windhoek, il a ajouté : « Une presse libre, indépendante et pluraliste est essentielle pour la démocratie et le développement ». 

Il a également relevé les avancées enregistrées par la RDC : « Le pays est passé de la 154ᵉ place en 2019 à la 130ᵉ place aujourd’hui au classement de Reporters sans frontières. Mais ces progrès restent limités tant que des actes concrets ne viennent pas renforcer cette volonté politique ». 

Dans son allocution, le directeur-pays de l’UNESCO a indiqué que la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026 vise à rappeler au gouvernement la nécessité de respecter leurs engagements en faveur de la liberté de la presse. Elle constitue également une journée de réflexion pour les professionnels des médias.

« C’est un réel plaisir pour l’UNESCO de prendre la parole aujourd’hui à l’occasion de ce forum sur l’engagement citoyen des médias pour la cohésion nationale, qui se tient en marge de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026 », a-t-il dit.

Sur les questions relatives à la liberté de la presse et à l’éthique professionnelle, il a souligné que cette Journée se veut aussi un moment de soutien aux médias qui, souvent, sont la cible de restrictions, voire de tentatives d’abolition de la liberté de la presse.

Pour lui, la liberté de la presse et l’indépendance du journalisme ne sont pas de simples enjeux sectoriels. Elles constituent des piliers essentiels de la paix, de la démocratie et du développement durable.

« Comme le souligne le Rapport mondial de l’UNESCO sur les tendances en matière de liberté d’expression, publié en 2025 et que je vous invite à consulter, nous observons à l’échelle mondiale un recul préoccupant de la liberté d’expression, évalué à 10 % depuis 2012, accompagné de menaces croissantes, notamment la désinformation, la manipulation de l’information, les violences en ligne et hors ligne contre les journalistes, ainsi que la fragilité économique des médias », a expliqué le directeur-pays.

De poursuivre : « Dans le contexte de la République démocratique du Congo, où la diversité culturelle et linguistique constitue à la fois une richesse et un défi, les médias doivent jouer un rôle fondamental pour renforcer le dialogue, prévenir les tensions et consolider la cohésion nationale ». 

Ce forum permet de consolider les bases d’un espace médiatique structuré, capable de contribuer à la stabilité du pays et à la consolidation de la paix.

 

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