La dégradation du contexte sécuritaire au Nord et au Sud-Kivu exerce une pression croissante sur les ressources du Parc National de Kahuzi-Biega.

Cette situation favorise une proximité accrue entre populations, animaux domestiques et faune sauvage, augmentant ainsi les risques sanitaires, alertent les spécialistes.

Selon le Professeur Mitima Kashosi Théophile, Secrétaire exécutif du Comité provincial « Une Santé » au Sud-Kivu, la majorité des maladies émergentes trouvent leur origine dans le monde animal. Il souligne que l’intensification du braconnage, la destruction des habitats naturels et les interactions fréquentes entre humains et animaux créent un terrain propice à l’apparition de nouvelles infections. « Une crise locale peut rapidement franchir les frontières et devenir un enjeu global », prévient-il.

Dans ce contexte, un atelier de renforcement des capacités a été organisé à Bukavu du 1er au 9 avril 2026. Cette session, facilitée notamment par le Professeur Ahadi Birindwa de l’Université Évangélique en Afrique, ainsi que par des experts de la Wildlife Conservation Society, s’inscrivait dans la dynamique de l’approche « One Health ». Elle visait à outiller l’unité « Une Santé » mise en place au sein du parc en décembre 2025.

Durant huit jours, les participants — agents du parc, partenaires comme Primates Expertise et Pole Pole Foundation, membres des Comités de Conservation Communautaire et jeunes de Kabare engagés dans l’association « Maisha na Mazingira » — ont été formés à la surveillance épidémiologique de la faune, à l’identification des zoonoses, aux comportements à risque et aux mécanismes d’alerte rapide.

Les échanges ont permis d’identifier les principales menaces, mais aussi de dégager des pistes d’action concrètes pour protéger à la fois les écosystèmes et les populations riveraines. Plusieurs participants ont salué l’acquisition de nouvelles compétences, notamment dans la détection précoce des cas suspects et leur signalement sur le terrain.

Un moment marquant de cette formation a été la visite du Centre de Réhabilitation des Primates de Lwiro. Sur place, les apprenants ont observé des primates victimes du braconnage en cours de réhabilitation. Cette immersion a permis de mieux comprendre les mécanismes de transmission des maladies entre humains et animaux, dans les deux sens, mettant en évidence l’urgence d’une action coordonnée.

La session s’est clôturée par un module consacré à l’éthique professionnelle et à l’engagement institutionnel. À l’issue de la formation, une équipe opérationnelle est désormais prête à sensibiliser les communautés, signaler les risques et anticiper les crises sanitaires, selon Fabrice Yapi, responsable du département Recherche et Biomonitoring du parc.

Par ailleurs, le parc a déjà renforcé les capacités des moniteurs communautaires du Mécanisme de Gestion des Plaintes et de Feedback (MGPF), notamment dans la collecte des alertes liées aux conflits entre humains et faune sauvage. Un dispositif qui devrait permettre des interventions plus rapides et mieux ciblées sur le terrain.

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