L’Ong internationale ENDA Santé a réuni à Dakar des responsables d’associations de professionnels de santé venus du Sénégal, du Burkina Faso et de la République démocratique du Congo mais aussi des médecins pour renforcer le plaidoyer en faveur de la réduction de la mortalité maternelle, néonatale et infantile en Afrique qui continue de concentrer près de 70 % de décès maternels dans le monde.

Cette rencontre régionale, organisée du 18 au 20 mai, s’inscrit dans le cadre d’un programme appuyé par la Fondation Gates et déployé depuis 2022 dans les trois pays partenaires.

Malgré les progrès réalisés à l’échelle mondiale, la situation demeure préoccupante en Afrique. D’après les estimations des Nations Unies publiées en 2025, la région enregistrait encore environ 442 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2023, un niveau largement supérieur aux objectifs de développement durable. Les principales causes restent les hémorragies, les infections, les troubles hypertensifs liés à la grossesse ainsi que les complications lors de l’accouchement.

Face à ces défis, ENDA Santé mise sur le rôle stratégique des associations de professionnels de santé pour influencer les politiques publiques et améliorer l’accès aux soins des populations les plus vulnérables.

Le docteur Papa Djibril Ndoye, directeur adjoint d’ENDA Santé, explique que le programme repose sur trois piliers : la santé maternelle et infantile, la nutrition et la vaccination.

« Les professionnels de santé disposent déjà des connaissances nécessaires, mais il est essentiel de renforcer leurs capacités de leadership afin qu’ils puissent convaincre les décideurs politiques et mobiliser davantage autour des priorités sanitaires », a-t-il déclaré.

Selon lui, cette formation permettra aux associations d’acquérir des compétences en communication, en négociation et en plaidoyer pour participer activement à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques sanitaires.

Au Burkina Faso, plusieurs avancées sont déjà observées. Benoit Kafando a notamment cité les initiatives portées par l’Association des infirmiers et la Société des gynécologues et obstétriciens.

Parmi les projets phares figure l’introduction des micronutriments multiples destinés aux femmes enceintes, en remplacement du fer-acide folique jugé insuffisant. Un plan de déploiement a déjà été élaboré, même si le financement reste un défi majeur.

Un autre plaidoyer concerne l’introduction de la carbétocine pour prévenir les hémorragies du post-partum, l’une des principales causes de mortalité maternelle. Cette molécule présente l’avantage de ne pas nécessiter de chaîne de froid, contrairement à certains traitements actuellement utilisés.

« Si les financements sont mobilisés, l’impact sur la réduction de la mortalité maternelle sera considérable », a affirmé Benoit Kafando.

En République démocratique du Congo, les associations engagées dans le programme ont également obtenu plusieurs avancées institutionnelles. Bogol Mbope Mweng a révélé que plusieurs organisations ont conclu des partenariats directs avec le ministère de la Santé dans les domaines de la vaccination, de la santé reproductive et de la nutrition.

Il a également souligné que le projet a permis d’accélérer les discussions autour de l’intégration des multi-micronutriments (MMS) dans la liste des médicaments essentiels du pays.

« Ce projet a permis aux associations de comprendre qu’elles peuvent elles-mêmes concevoir et porter des initiatives de santé publique, et non simplement exécuter des activités définies par des partenaires », a-t-il expliqué.

Malgré ces avancées, plusieurs difficultés persistent, notamment dans les zones affectées par les conflits armés en RDC, où l’accès demeure complexe pour les acteurs de santé.

À travers cette rencontre régionale, les organisateurs ambitionnent de faire des professionnels de santé de véritables acteurs du changement, capables d’influencer durablement les politiques publiques et d’améliorer la prise en charge des femmes et des enfants dans les systèmes de santé africains.

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