Le retrait des Etats-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) continue de bouleverser l’équilibre sanitaire international. C’est ce qu’a déploré Stéphanie Tchiombiono, maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, lors d’un webinaire organisé par le Réseau des Médias africains pour la promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN).
Intervenant à ce webinaire consacré à la « Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale : quels enjeux pour l’Afrique ? », Mme Stéphanie Tchiombiono, experte en gouvernance sanitaire, a souligné que les défis sanitaires actuels sont de plus en plus interconnectés et nécessitent des réponses collectives dépassant les frontières nationales.
Pour elle, la décision de l’administration de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’OMS marque un tournant majeur dans la gouvernance sanitaire internationale et risque d’affaiblir durablement la capacité du monde à faire face aux crises sanitaires.
A l’en croire, cette décision repose sur plusieurs arguments, notamment le fonctionnement jugé trop bureaucratique de l’organisation, le niveau de contribution financière américaine considéré comme excessif, ainsi que des critiques relatives à la gestion de la pandémie de Covid-19.
Bien que le retrait ne soit devenu effectif qu’en janvier 2026, Washington avait déjà suspendu le paiement de ses contributions pour les années 2024 et 2025.
« Une décision lourde de conséquences puisque les États-Unis représentaient près de 20 % du budget de l’OMS », a déploré la maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, lors de ce webinaire coanimé avec la directrice régionale des programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest, Ida Rose Ndione, auquel près de 53 journalistes ont pris part.
Cette perte de financement a contraint l’organisation à engager des restructurations internes, à réduire certains effectifs et à revoir plusieurs programmes prioritaires. Les ressources destinées à la prévention et à la réponse aux urgences sanitaires ont également été affectées, notamment dans des pays confrontés à des épidémies, comme la République démocratique du Congo, qui fait actuellement face à sa 17ᵉ épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo.
Au-delà de l’aspect financier, cette experte estime que le retrait américain prive l’OMS d’un acteur scientifique majeur et réduit son influence politique sur la scène internationale.
« L’enjeu n’est pas seulement budgétaire. C’est aussi une question de leadership mondial en matière de santé », a-t-elle expliqué.
Cette décision intervient dans un contexte où les besoins sanitaires mondiaux sont appelés à croître considérablement. L’augmentation de la population mondiale, les effets du changement climatique, les déplacements de populations liés aux conflits et les crises humanitaires exercent une pression croissante sur les systèmes de santé.
La situation s’est davantage complexifiée avec l’annonce, en septembre 2025, de la nouvelle stratégie américaine de santé mondiale baptisée America First. Parallèlement, la suspension de plus de 90 % des financements de l’USAID a accentué les préoccupations des acteurs humanitaires et sanitaires quant à l’avenir du financement international de la santé.
Pour plusieurs, le retrait des Etats-Unis de l’OMS, suivi de celui de l’Argentine, illustre la fragilisation du multilatéralisme à un moment où la coopération internationale apparaît pourtant indispensable pour faire face aux menaces sanitaires mondiales.
Face à cette situation, il est plus que jamais nécessaire de repenser les mécanismes de financement et de gouvernance de la santé mondiale afin de garantir une réponse efficace aux crises sanitaires futures et de préserver les acquis de la coopération internationale.



