Uvira s’enfonce dans une crise humanitaire silencieuse mais redoutable. Dans cette ville du Sud-Kivu, déjà fragilisée par une insécurité persistante à l’est de la République démocratique du Congo, la malnutrition gagne du terrain et menace désormais la survie des populations les plus vulnérables.
Les zones de santé d’Uvira et de Ruzizi tirent la sonnette d’alarme : les cas de malnutrition aiguë et sévère connaissent une hausse préoccupante. Les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les mères allaitantes sont les premières victimes de cette détérioration rapide de la situation nutritionnelle. En toile de fond, les déplacements massifs de populations, la perte des moyens de subsistance et la perturbation de l’accès aux soins de santé.
Selon le docteur Panzu Nimi, médecin chef de la zone de santé d’Uvira, la pression sur les structures sanitaires est devenue insoutenable. « Chaque jour, de nouveaux cas sont signalés dans nos aires de santé. Sans appui supplémentaire, nous allons droit vers une catastrophe sanitaire », avertit-il. Il insiste sur la nécessité d’une réponse urgente, coordonnée et structurée pour endiguer cette crise nutritionnelle qui s’aggrave.
Dans la cité de Kiliba, l’une des zones les plus touchées, les centres de santé peinent à faire face à l’afflux de patients souffrant de malnutrition. BASHENGEZI Bagaya, chargé de nutrition au centre hospitalier de la Sucrerie du Kivu, décrit une situation alarmante où les besoins dépassent largement les capacités de prise en charge disponibles.
Même constat à Sange, où les populations retournées après les violences récentes sont également frappées de plein fouet. Le docteur Kinyungu René, médecin directeur de l’hôpital général de référence de Ruzizi, évoque une pénurie critique de produits essentiels. « Nous recevons de nombreux cas graves, mais nous manquons de lait thérapeutique et de médicaments adaptés. Les stocks sont épuisés », déplore-t-il, lançant un appel pressant aux partenaires humanitaires.
L’ONG locale AFPDE confirme l’ampleur du désastre. Son responsable médical, Eric Chishibanji, reconnaît que les capacités actuelles de l’organisation sont largement dépassées. « Nos principaux dépôts se trouvent à Bukavu, mais la demande actuelle excède de loin notre capacité de réponse », explique-t-il.
Depuis plus d’un mois, Uvira accueille un nombre important de déplacés internes en provenance des localités environnantes, auxquels s’ajoutent ceux arrivés de grandes villes comme Bukavu et Goma ces derniers mois. Cette pression démographique supplémentaire accentue la précarité et aggrave la crise nutritionnelle déjà en cours.
Face à cette situation critique, les acteurs de terrain multiplient les appels à l’aide. Sans une intervention rapide des humanitaires, la malnutrition risque de laisser des séquelles durables, voire de coûter des vies, dans une région déjà meurtrie par des années de conflits et d’instabilité.



