« Le Prix Michel Sidibé n’est pas un prix de carrière. C’est un prix de courage. » C’est par ces mots forts que l’Envoyé spécial de l’Union africaine pour l’Agence africaine du médicament s’est adressé aux lauréats des « Awards du REMAPSEN », les exhortant à aborder avec abnégation les questions de santé en général, et en particulier celles liées aux maladies tropicales négligées (MTN). C’était lors de la remise des Awards, marquant la clôture du 4e Forum des médias sur les maladies tropicales négligées, tenu du 29 au 30 janvier 2026 à Cotonou, au Bénin.
Placée sous le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN », cette rencontre de deux jours a été, selon l’ancien Directeur exécutif du Programme commun des Nations unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), une interpellation directe à l’endroit des journalistes, appelés à faire preuve de courage pour traiter ces questions de santé encore trop peu médiatisées.
Pour Michel Sidibé, ancien ministre malien de la Santé et de la Solidarité, le Prix qui porte son nom incarne « le courage de regarder là où personne ne regarde. Le courage de dire ce que l’on préfère souvent taire. Le courage de refuser que la souffrance devienne normale ».
« Les maladies tropicales négligées existent parce qu’elles vivent dans l’ombre. Et ce prix existe pour rappeler une vérité simple : ce que l’on éclaire, on peut le vaincre. Ce que l’on ignore, on le condamne », a-t-il souligné, s’adressant aux journalistes distingués lors des Awards du REMAPSEN, dont il est le parrain.
Insistant sur la portée symbolique et stratégique de cette distinction, Michel Sidibe a lâché ceci : « Ce prix célèbre celles et ceux qui transforment l’invisible en priorité nationale. Celles et ceux qui font d’un village oublié une question politique. Celles et ceux qui transforment une douleur silencieuse en urgence collective. Une maladie devient négligée quand plus personne n’en parle. Elle commence à disparaître quand elle devient une indignation publique. »
Et donc, recevoir ou décerner ce prix, a-t-il ajouté, « c’est accepter une responsabilité : ne plus jamais laisser une maladie être négligée par manque de voix ».
Les MTN ne disparaîtront pas seulement avec des médicaments
Dans la suite de son intervention, l’Envoyé spécial de l’Union africaine s’est dit convaincu que les traitements médicaux, à eux seuls, ne suffisent pas à éradiquer les maladies tropicales négligées.
À l’action sanitaire doit s’ajouter la puissance de la parole. « La parole a toujours été une force. Et quand la parole rencontre la vérité, elle devient une force de libération », a-t-il déclaré.
Ainsi pour lui, le rôle du journaliste est central dans cette dynamique : « Quand un journaliste décidera qu’un cas oublié mérite la Une ; quand une rédaction décidera qu’une MTN vaut un débat national ; quand l’opinion publique décidera que cette souffrance est inacceptable. »
Et de marteler : « Un micro peut sauver autant de vies qu’un médicament. Une caméra peut faire reculer la stigmatisation. Un article peut provoquer une décision politique. »
Mettre une MTN à la une, selon lui, c’est déjà commencer à l’éliminer. Il a ainsi exhorté les professionnels des médias à avoir le courage de nommer ces maladies, de les montrer et de refuser qu’elles restent invisibles.
Les médias, des alliés stratégiques à mobiliser
Saluant le travail du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), Michel Sidibé a invité les journalistes à mesurer l’ampleur de leur responsabilité sociale.
« Vous ne produisez pas seulement de l’information. Vous fabriquez de la conscience. Vous transformez la science en responsabilité citoyenne », a-t-il affirmé, avant de s’adresser aux décideurs politiques, appelés à bâtir une relation constructive entre pouvoirs publics et médias.
« Les médias ne sont pas des adversaires à contenir, mais des alliés stratégiques à mobiliser. Sans transparence, il n’y a pas de confiance. Sans confiance, il n’y a pas d’adhésion. Et sans adhésion, aucune politique de santé ne peut réussir», a-t-il fait remarquer.
Organisé par le REMAPSEN avec l’appui financier et technique de plusieurs partenaires, notamment Speak Up Africa, la Fondation Raoul Follereau, le bureau pays de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Forum Galien Afrique, Brands on a Mission et la Fondation Gates, ce 4è forum vise à faire des maladies tropicales négligées une priorité médiatique pour accélérer leur élimination sur le continent africain.



