Dans la plaine de la Ruzizi, en territoire d’Uvira, au Sud-Kivu, la saison culturale B aurait dû être celle de l’espoir.
Elle pourrait pourtant se transformer en saison de tous les dangers. Entre insécurité persistante, engins explosifs abandonnés et manque criant d’intrants, les agriculteurs redoutent désormais une baisse drastique de la production vivrière. Dans cette région considérée comme le grenier agricole du sud de la province, la crainte d’une probable famine commence à se faire entendre.
« Nous cultivons avec la peur au ventre », confie un agriculteur de la plaine, la voix tremblante. Selon plusieurs exploitants, des engins explosifs non explosés, laissés par des belligérants lors des affrontements récents, joncheraient encore certains champs. Cette menace invisible empêche de nombreux paysans d’accéder à leurs parcelles. « On ne sait pas où mettre les pieds. Un simple labour peut devenir un arrêt de mort », déplore une cultivatrice, mère de six enfants. Résultat : des hectares entiers restent en friche, en pleine saison des semis.
À cette insécurité s’ajoute le manque d’intrants agricoles. Les semences améliorées, les engrais et les outils aratoires se font rares ou sont devenus inaccessibles financièrement. « Même ceux qui osent aller au champ n’ont pas de quoi produire suffisamment », explique un responsable d’une coopérative locale. Le coût du transport et la désorganisation des circuits d’approvisionnement aggravent la situation. Pour beaucoup, la saison B, habituellement stratégique pour le maïs, le haricot et le riz, risque d’être fortement compromise.
Le manque de main-d’œuvre constitue un autre obstacle majeur. Plusieurs jeunes ont quitté la zone à cause de l’insécurité ou ont rejoint d’autres activités jugées moins risquées. « Avant, nous travaillions en groupes solidaires. Aujourd’hui, chacun cherche d’abord à sauver sa vie », témoigne un chef de groupement. Cette raréfaction de la main-d’œuvre ralentit les travaux champêtres et réduit la superficie emblavée.
Les conséquences pourraient être lourdes pour toute la région d’Uvira et au-delà. Une baisse significative de la production dans la plaine de la Ruzizi entraînerait une flambée des prix sur les marchés locaux, déjà fragilisés par la conjoncture économique. « Si rien n’est fait rapidement pour sécuriser les champs et appuyer les agriculteurs, nous allons droit vers une crise alimentaire », alerte un acteur de la société civile. Dans une province où une grande partie de la population dépend directement de l’agriculture, la perspective d’une famine n’est plus une simple hypothèse théorique : elle devient une menace tangible.


