L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) avertissent que la République démocratique du Congo (RDC) continue de faire face à l’une des crises alimentaires les plus importantes et les plus graves au monde.
Aujourd’hui, plus de 26,5 millions de personnes – soit près d’un Congolais sur quatre – peinent à satisfaire leurs besoins alimentaires de base, selon la dernière mise à jour de l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Parmi elles, plus de 3,6 millions de personnes se trouvent en situation d’urgence, confrontées à de graves pénuries alimentaires qui menacent leur survie sans aide urgente.
Bien que les dernières projections montrent une légère amélioration par rapport aux estimations précédentes, la situation demeure supérieure aux niveaux enregistrés entre septembre et décembre 2025, période durant laquelle 24,8 millions de personnes étaient confrontées à une crise alimentaire, voire à une situation pire encore. Ceci souligne l’aggravation et la persistance de la crise. Cette situation met en évidence la nature profondément enracinée du conflit, notamment dans les provinces les plus touchées – le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika – où les violences continuent de déraciner des familles, de détruire les moyens de subsistance, de perturber les marchés et de limiter l’accès aux terres agricoles.
À travers le pays, on compte plus de 7,8 millions de personnes déplacées internes, dont beaucoup ont perdu leur maison, leurs terres, leur bétail et leurs sources de revenus. Parallèlement, la persistance de prix alimentaires élevés, la perturbation des chaînes d’approvisionnement et la récurrence d’épidémies, notamment de choléra, de rougeole et de variole, fragilisent encore davantage des communautés déjà vulnérables.
La situation nutritionnelle est particulièrement alarmante. On estime à 4,18 millions le nombre d’enfants de moins de cinq ans nécessitant un traitement pour malnutrition aiguë (janvier-juin 2026). Parmi eux, plus de 1,3 million souffrent ou devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère, une affection potentiellement mortelle qui peut s’avérer fatale en quelques semaines sans traitement. Par ailleurs, plus de 1,5 million de femmes enceintes ou allaitantes devraient souffrir de malnutrition aiguë, ce qui aggrave encore les risques sanitaires pour les mères et les enfants.
La FAO et le PAM avertissent également que l’aide humanitaire reste largement insuffisante par rapport aux besoins et que, sans investissements urgents et soutenus, la crise risque de s’aggraver davantage, avec des conséquences potentiellement irréversibles pour des millions de personnes.
En 2026, la FAO soutient déjà 55 500 familles touchées par la crise au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri et au Tanganyika grâce à une enveloppe de 10 millions de dollars du Fonds humanitaire pour la RDC. Ce soutien comprend des semences, des outils et des intrants de subsistance, ainsi qu’une aide financière directe lorsque cela est possible, afin d’aider les familles à rétablir leur production alimentaire, à protéger leurs biens et à réduire leur dépendance à l’aide alimentaire. La FAO a besoin de toute urgence de 163 millions de dollars pour intensifier ce soutien agricole vital avant que les périodes de semis critiques ne soient manquées.
« Chaque saison agricole manquée accroît la dépendance à l’égard de l’aide humanitaire », a déclaré Athman Mravili, représentant de la FAO. « Lorsque les familles reçoivent des semences, des outils et un soutien opportun à leurs moyens de subsistance, elles peuvent produire de la nourriture en quelques semaines, préserver leur dignité et éviter de sombrer davantage dans la faim. Mais ce soutien doit arriver avant la fin de la période de semis. »
La FAO et le PAM réaffirment l’urgence d’une double approche qui combine une aide vitale avec un soutien à plus long terme à l’agriculture, aux moyens de subsistance et aux systèmes alimentaires, tout en garantissant un accès humanitaire sûr et durable.
Depuis janvier 2026, l’aide alimentaire et monétaire d’urgence du PAM a bénéficié à près de 1,3 million de personnes, soit une fraction seulement des populations dans le besoin dans les provinces orientales les plus touchées. Parmi elles, seuls 389 000 enfants et mères ont reçu une aide nutritionnelle entre janvier et mars 2026, un chiffre bien inférieur aux besoins. L’accès humanitaire limité dû à l’insécurité, conjugué à un déficit de financement de 214 millions de dollars américains jusqu’en octobre, continue de freiner l’action et d’obliger à faire des choix de priorisation difficiles.
« Loin de s’atténuer, la crise s’est enracinée et complexifiée, piégeant des millions de ménages vulnérables dans un cycle de besoins persistants », a déclaré David Stevenson, représentant du PAM. « L’aide humanitaire est vitale, mais il est urgent de l’intensifier pour répondre à l’ampleur des besoins. Au-delà de l’aide d’urgence, un investissement soutenu dans des systèmes alimentaires résilients et des solutions intégrées est essentiel pour aider les communautés à surmonter les chocs et à amorcer leur redressement. »


