Le Syndicat national des cadres, agents et employés des secteurs des services (SYNCASS) hausse le ton. Dans une déclaration particulièrement critique, faite ce vendredi, 28 aout 2026, cette organisation syndicale dénonce ce qu’elle qualifie de « traitement discriminatoire » entre les différentes catégories professionnelles du secteur de la santé, et met ses membres en alerte.
Face à ce qu’il considère comme un traitement inéquitable des différentes catégories professionnelles du secteur de la santé, le SYNCASS est sorti de son silence. Cette prise de position fait suite aux rencontres des 23 juin et 7 juillet 2026 entre le Gouvernement et le banc syndical du secteur de la santé, ainsi qu’à une déclaration d’indignation publiée le 17 août dernier.
« Toutes ces rencontres et correspondances n’ont fait que rappeler les différents accords convenus entre le Gouvernement et le banc syndical du secteur de la santé (…) Ces différentes rencontres et correspondances n’ont pas permis d’apporter des solutions satisfaisantes aux préoccupations», a déploré le secrétaire général de ce mouvement, le camarade Mutamba Mpoyo Tapoy.
Paie complémentaire : des avancées, mais des agents toujours en attente
Le SYNCASS reconnaît l’intégration de la paie complémentaire dans la paie ordinaire, intervenue avec le paiement du salaire du mois d’août 2026. Toutefois, le syndicat souligne que cette mesure n’a pas encore profité à tous les agents.
Des retards et arriérés sont notamment signalés dans certaines provinces, dont le Kasaï, où des agents accusent plusieurs mois d’impayés. Des difficultés de paiement sont également rapportées au Kongo Central ainsi que chez certains agents et cadres.
Pour le SYNCAS, cet engagement ne pourra être considéré comme totalement respecté que lorsque tous les agents concernés auront effectivement perçu leurs dus.
S’agissant de l’alignement des catégories professionnelles promis pour le début du mois d’aout lors de la réunion du 7 juillet; « rien n’est fait. Jusqu’à ce jour, aucune convocation du banc syndical n’a eu lieu », regrette le syndicat affirmant que le suivi des dossiers ne révèle aucune avancée significative pour l’ensemble des catégories professionnelles, à l’exception de la catégorie professionnelle dont est issu le ministre de la Santé.
Mécanisation et arriérés : la majorité des agents toujours dans l’attente
Le SYNCAS s’interroge également sur les résultats du processus de mécanisation du personnel de santé. Malgré les annonces officielles, l’organisation estime que peu d’agents ont effectivement bénéficié de cette mesure.
« Nous avons entendu avec pompe l’annonce des mécanisations du ministre de la Fonction publique. En réalité, seules quelques rares personnes ont reconnu avoir été mécanisées. Merci pour elles et regret pour la majorité ignorée », affirme le syndicat.
S’agissant de l’apurement des arriérés de la paie complémentaire et de la prime de risque professionnel, cette question reste également sans réponse claire, regrette le syndicat, qui dénonce l’absence de calendrier précis pour la poursuite des paiements.
L’assainissement du fichier de paie au point mort dans les provinces
Afin de permettre une meilleure gestion des ressources et d’élargir la prise en charge des agents, le banc syndical avait proposé un contrôle du fichier de paie pour identifier les agents fictifs, les déserteurs et les personnes décédées figurant encore sur les listes.
Si le contrôle a été réalisé à Kinshasa, son extension aux provinces tarde à se concrétiser.
« Celui des provinces traîne encore les pas, à se demander s’il finira par avoir lieu », s’inquiète le SYNCASS.
Face à ces lenteurs, le syndicat pose une question directe : « Notre Gouvernement est-il sincère ? S’il l’est, pourquoi traîne-t-il alors les pas ? »
Promotions en grade : des carrières bloquées depuis des années
La suspension des travaux sur les promotions en grade constitue une autre source majeure de mécontentement. Le SYNCASS dénonce la stagnation de la carrière de nombreux agents du secteur de la santé.
« A la santé, contrairement à tous les autres ministères, pour être promu, nous ignorons s’il faut faire intervenir les pasteurs ou les marabouts », ironise le syndicat.
Il rappelle que les travaux urgents sur les promotions en grade réalisés en 2023 sont restés sans suite, malgré la participation des agents concernés. Cette situation aurait conduit certains fonctionnaires à partir à la retraite sans avoir connu une évolution normale dans leur carrière.
Par ailleurs, la situation des agents nouvelles unités demeure également préoccupante. Après plusieurs vagues d’admission sous statut, le processus est suspendu, laissant de nombreux travailleurs dans l’attente d’une régularisation administrative.
« Nous avons encore beaucoup d’agents nouvelles unités en souffrance qu’il faut régulariser », insiste le SYNCAS.
Le SYNCAS revient aussi sur la question du Fonds de promotion de la santé, présenté comme une piste susceptible d’améliorer les conditions de prise en charge des fonctionnaires du secteur.
Alors que le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale affirme, selon le syndicat, que les ressources financières sont disponibles, l’organisation demande des explications sur les obstacles qui empêchent la mise en œuvre effective des engagements annoncés.
Le syndicat affirme par ailleurs ne pas être représenté dans les mécanismes liés au Fonds de promotion de la santé et à la couverture santé universelle, ce qui, selon lui, limite sa capacité à suivre la gestion et l’exécution de ces programmes.
Dans sa déclaration, l’organisation appelle le Président de la République à une vigilance accrue et exprime ses inquiétudes quant à une éventuelle mauvaise utilisation des ressources destinées aux réformes du secteur.
« Nous supposons que beaucoup de personnes profitent de la volonté du président de la République et de la [générosité] de notre pays pour s’enrichir. Que le président de la République ouvre largement les yeux », lance le syndicat.
Une couverture santé universelle fragilisée
Le SYNCAS alerte également sur les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de la Couverture santé universelle et de la politique de gratuité des soins, présentées comme des priorités du Chef de l’État.
Selon lui, plusieurs structures sanitaires s’interrogent sur leur capacité à poursuivre la mise en œuvre de cette politique en raison des retards de paiement.
« Même la couverture santé universelle, chère à notre chef de l’État, est bafouée au point où plusieurs structures se posent la question de savoir si elles doivent encore continuer à la pratiquer », déplore-t-il.
Le syndicat affirme que le dernier paiement remonterait à avril 2025, une situation qui, selon lui, met en péril la continuité de certains services.
Au terme de son évaluation, le SYNCAS dresse un bilan sévère de l’application des engagements conclus avec le Gouvernement.
« Sur tous les neuf points devenus des accords, un seul point a été réalisé de manière plus ou moins satisfaisante », constate-t-il, tout en précisant que même cette avancée doit encore être complétée pour permettre à tous les agents concernés d’en bénéficier.
Néanmoins, ce syndicat salue les progrès enregistrés pour ses membres médecins, et remercie le Gouvernement pour cela.
Cependant pour les autres catégories professionnelles, le constat reste, selon le SYNCAS, largement négatif malgré les annonces publiques du ministre de la Santé.
« Malheureusement, nous constatons jusqu’à ce jour que les solutions ne sont en train d’être trouvées que pour sa catégorie professionnelle », affirme le syndicat.
Une situation qui pousse l’organisation à poser une question particulièrement directe : « Nous nous posons la question de savoir s’il est le ministre de sa catégorie professionnelle ou de toutes les catégories sous sa charge».
Les syndicalistes appelés à rester en alerte
Face à ce qu’il considère comme la lenteur dans l’exécution des accords, le SYNCASS appelle ses membres, présents dans toutes les provinces du pays, à rester mobilisés et à suivre l’évolution de la situation.
« Nous demandons à tous nos membres, à travers toutes les provinces, de rester en alerte pour suivre l’évolution de l’application des dix accords », indique son secrétaire général, le camarade Mutamba Mpoyo Tapoy.
L’organisation prévient que l’absence de solutions concrètes pourrait la conduire à adopter d’autres formes d’action, dont elle impute par avance la responsabilité au Gouvernement.
« Faute de leur réalisation, nous serons contraints, à notre corps défendant, de prendre des positions dont seul le Gouvernement sera tenu responsable, aussi bien devant toute la communauté nationale qu’internationale », avertit le SYNCASS.
A travers cette déclaration, le syndicat appelle ainsi les autorités à traduire les engagements en actes et à garantir un traitement équitable à toutes les catégories professionnelles de la santé.
La déclaration s’achève sur un mot d’ordre qui résume la détermination du syndicat : « Seule la lutte libère».


