La République démocratique du Congo fait face à une pression croissante sur son offre énergétique, dans un contexte marqué notamment par l’augmentation de la demande du secteur minier. A Kinshasa, cette situation se traduit actuellement par une baisse de la puissance disponible et une accentuation du délestage.
Le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL) a livré ces explications lors du briefing tenu jeudi avec le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya, au cours duquel il a notamment évoqué la situation de l’approvisionnement électrique dans la capitale et les solutions envisagées pour renforcer l’offre.
Selon lui, la puissance actuellement injectée dans le réseau de Kinshasa se situe entre 390 et 450 mégawatts (MW), alors qu’elle avait atteint un pic de 700 MW entre le 11 juin et le 15 juillet.
« Nous avons atteint un pic d’injection de puissance du 11 juin au 15 juillet à 700 MW. Vous allez constater que c’était une période festive avec la Coupe du monde et tout le monde était desservi à Kinshasa, au bonheur des abonnés », a expliqué le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba.
Des équipements retirés du réseau pour contrôle technique
Cette amélioration de la desserte n’a cependant pas été maintenue. A l’issue de cette période, certaines installations ont dû être retirées du réseau pour des opérations de contrôle technique, entraînant une diminution de la puissance disponible.
« A la fin de cette période, malheureusement, nous sommes arrivés à sortir du réseau pour le contrôle technique. Aujourd’hui, nous sommes entre 390 à 450 MW », a-t-il précisé.
Cette baisse intervient alors que la demande demeure importante, notamment en raison des besoins du secteur industriel.
« Si vous rajoutez 50 MW chaque soir du secteur industriel pour injecter dans la population, allez comprendre que ce gap a un effet sur la ville-province de Kinshasa qui serait beaucoup plus impactant », a-t-il expliqué.
Cette insuffisance de l’offre se répercute directement sur la desserte des abonnés. Le directeur général de la SNEL a indiqué que l’alimentation se fait actuellement par rotation, avec des périodes de délestage pouvant atteindre 12 heures sur 24.
« Généralement, nous sommes dans un délestage de 16 heures sur 24, c’est-à-dire qu’on alimente en rotation. Ça veut dire que peut-être huit heures matin, huit heures soir. Mais aujourd’hui, nous sommes sur des pics de 12 heures sur 24 », a-t-il déclaré.
La SNEL espère toutefois améliorer progressivement cette situation, notamment grâce aux mesures d’urgence mises en place pour renforcer l’offre disponible.
Les centrales flottantes parmi les solutions envisagées
Face à cette situation, plusieurs solutions alternatives sont étudiées. Le photovoltaïque figure notamment parmi les options envisagées, mais la SNEL explore également d’autres technologies susceptibles de permettre un renforcement rapide de la production.
Le directeur général a notamment évoqué le recours aux centrales électriques flottantes, déjà utilisées dans certains pays africains.
Selon lui, un opérateur turc spécialisé dans cette technologie développe des centrales flottantes destinées à produire de l’électricité à partir d’unités installées sur l’eau. Il a cité l’expérience du Ghana, qui a recours à cette technologie pour renforcer son approvisionnement énergétique.
« Nous avons dit aussi que nous allons souhaiter saisir cette opportunité-là chez nous », a-t-il indiqué, évoquant la possibilité d’explorer cette solution en RDC.
Le secteur minier, un facteur majeur de la hausse de la demande
Cette situation à Kinshasa s’inscrit dans un contexte national plus large marqué par une progression continue de la demande en électricité, notamment dans le secteur minier.
La RDC dispose d’un important potentiel énergétique, mais la capacité actuellement disponible est estimée à environ 1 900 MW, alors que les besoins augmentent avec le développement des activités industrielles et minières.
L’évolution de la consommation est étroitement liée à la transformation du secteur minier congolais. A l’époque où le principal opérateur minier dominait le secteur, la consommation était estimée à environ 500 MW. Une partie de l’énergie disponible pouvait alors être affectée à d’autres usages, notamment à l’exportation.
La libéralisation du secteur minier, engagée à partir de la fin des années 1990 avec la mise en place d’un nouveau cadre légal, a entraîné l’arrivée de nouveaux investissements et une progression des besoins énergétiques des entreprises minières.
Un défi pour la production nationale
Le potentiel énergétique du pays demeure considérable. Il est notamment évalué à environ 2 500 MW pour le pôle Est et 1 200 MW pour le pôle Sud.
L’enjeu consiste désormais à développer les capacités de production et les infrastructures de transport et de distribution afin de répondre à une demande qui devrait continuer à progresser.
Pour la SNEL, le défi est donc double : répondre aux difficultés immédiates d’approvisionnement, particulièrement à Kinshasa, tout en préparant l’avenir énergétique du pays


