Depuis le mois de décembre, l’Hôpital Général de Référence (HGR) de Fizi vit sous une pression extrême. Le flot continu de blessés par armes a rapidement dépassé les capacités normales de cette structure sanitaire, obligeant le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à déployer des tentes médicales afin d’élargir les espaces d’hospitalisation. Face à l’urgence, une équipe chirurgicale spécialisée a été envoyée le 10 janvier pour soutenir le personnel local débordé.
La situation est alarmante. En l’espace de quelques semaines, 115 blessés ont été admis dans un hôpital initialement conçu pour accueillir à peine 25 patients. Selon le Dr Richard Lwandja, médecin à l’HGR de Fizi, la majorité des patients arrivent dans un état critique, avec des plaies déjà infectées. En cause : des retards considérables dans la prise en charge et l’impossibilité, pour de nombreuses structures périphériques, d’assurer les soins de stabilisation indispensables.
Cet afflux tardif révèle surtout l’effondrement progressif du système de santé local, fragilisé par l’insécurité persistante. Pillages, pénuries de médicaments, manque criant de personnel soignant : les centres de santé de première ligne, paralysés par les combats, ne parviennent plus à remplir leur mission vitale. Les blessés se retrouvent ainsi ballottés d’une structure à une autre, souvent sans soins adéquats.
À ces défaillances s’ajoutent d’énormes difficultés logistiques. Les évacuations médicales sont devenues un véritable parcours du combattant, notamment pour les blessés bloqués au sud d’Uvira ou dans les hauts-plateaux du territoire de Fizi. Les équipes du CICR et de la Croix-Rouge de la RDC doivent composer avec des routes dangereuses et des délais imprévisibles.
« Il nous faut parfois plusieurs heures pour atteindre une zone d’évacuation, surtout lorsque les garanties de sécurité tardent à être obtenues. Pourtant, pour un blessé, chaque minute peut faire la différence entre la vie et la mort », souligne Wendy Fleury, cheffe de la sous-délégation du CICR à Bukavu.
L’accès humanitaire reste ainsi fortement entravé par l’absence de garanties sécuritaires de la part des parties au conflit. Cette réalité a des conséquences directes sur l’efficacité des secours. François Moreillon, chef de délégation du CICR en RDC, en donne un exemple frappant : l’équipe chirurgicale d’urgence, venue d’Uvira, a mis six jours pour atteindre Fizi par la route, alors qu’un trajet de trois heures sur le lac aurait suffi.
Un retard lourd de conséquences, alors que chaque jour compte pour des dizaines de blessés pris en étau entre la violence des combats et l’effondrement des services de santé. À Fizi, l’hôpital tient encore, mais au prix d’un combat quotidien contre le manque de moyens et le temps qui s’échappe.


