La province du Sud-Kivu fait face à une dégradation alarmante de la connexion mobile à internet, avec une situation particulièrement critique dans la ville de Bukavu.
Communications interrompues, transferts d’argent bloqués, activités économiques au ralenti : dans un contexte déjà marqué par l’insécurité et la crise humanitaire, cette panne numérique accentue la détresse des populations et suscite une vague d’indignation.
Dans les rues de Bukavu, le silence numérique est devenu une réalité pesante. Appels impossibles, messages retardés, applications financières hors service : la connexion mobile se fait rare, instable, parfois inexistante. « On vit coupé du monde, comme si la ville était mise en quarantaine », confie un habitant de Kadutu, téléphone à la main, écran figé. Cette situation touche aussi les territoires de Kalehe, Walungu, Kabare, Mwenga, Fizi, Uvira et Idjwi, amplifiant l’isolement des zones rurales.
Au-delà de la communication, c’est toute l’économie locale qui vacille. Les transferts via mobile money se bloquent, les maisons de transfert réduisent drastiquement leurs activités et de nombreux commerçants sont contraints de fermer boutique. « Je ne peux ni payer mes fournisseurs ni recevoir l’argent de mes clients », témoigne une vendeuse du marché de Nyawera, visiblement à bout. La fermeture des banques et des aéroports, combinée à l’insécurité persistante, rend la situation encore plus étouffante.
Pour les familles, la coupure d’internet est aussi une source d’angoisse. Impossible de joindre des proches vivant dans des zones reculées ou affectées par les violences. « Je ne sais pas si ma famille à Kalehe va bien, et ça me ronge », lâche un étudiant de l’ISP Bukavu. Dans une province marquée par les déplacements forcés et l’urgence humanitaire, la connexion mobile reste souvent le seul lien vital.
Face à cette crise, la société civile hausse le ton. Gaspard Bizimana, responsable de l’organisation Jeunes nous pouvons, interpelle directement les opérateurs de télécommunications. « Les populations ont droit à la vérité. Ces coupures ne peuvent pas être banalisées », martèle-t-il. Selon lui, le silence des sociétés concernées alimente la frustration et les soupçons au sein de la population.
Des acteurs économiques partagent cette colère. « Internet n’est plus un luxe, c’est un outil de survie économique », insiste un gestionnaire d’une maison de transfert à Ibanda. Même son de cloche du côté des jeunes entrepreneurs du numérique, dont les activités sont à l’arrêt. « Nos startups meurent lentement dans l’indifférence », déplore l’un d’eux.
Alors que la guerre d’usure continue de fragiliser le Sud-Kivu, la panne prolongée d’internet apparaît comme une crise supplémentaire, silencieuse mais dévastatrice. Les habitants attendent désormais des réponses claires et des mesures urgentes. « Nous demandons juste de pouvoir travailler et communiquer normalement », résume un citoyen de Bukavu, la voix chargée d’exaspération.


