Dimanche, à Bukavu, le silence lourd des traumatismes s’est mêlé aux pas hésitants de plus de quarante enfants.
Des visages jeunes, marqués trop tôt par la perte et l’exil, ont franchi les portes du Centre de récupération des orphelins et des femmes victimes de la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.
Avec leur arrivée, le nombre total d’orphelins de guerre pris en charge par cette structure atteint désormais 105 enfants depuis février 2025.
Ces enfants viennent d’horizons meurtris : Kabare, Walungu, Fizi, Idjwi, mais aussi des villes de Bukavu, Goma et Kalemie. Tous portent la même blessure invisible : celle d’avoir perdu père, mère ou les deux, emportés par la violence des conflits armés, les attaques, ou encore les déplacements massifs de populations fuyant l’insécurité. Pour beaucoup, la guerre n’est pas un récit lointain, mais un souvenir encore vivant, inscrit dans leurs regards.
Au centre, l’accueil se veut chaleureux, mais les moyens, eux, s’amenuisent. Jérémie Ciza, l’un des responsables de la structure, ne cache pas son inquiétude. Chaque nouvel enfant est une vie à reconstruire, mais aussi une charge supplémentaire : se nourrir, se soigner, aller à l’école, retrouver un semblant de stabilité. « Plus le nombre d’orphelins augmente, plus la prise en charge devient lourde », confie-t-il, la voix empreinte de gravité.
Dans un contexte humanitaire déjà fragile, ce centre apparaît comme une bouée de sauvetage, mais une bouée qui menace de céder sous le poids des besoins croissants. Derrière les chiffres, ce sont des enfances brisées qui réclament protection, dignité et avenir. À Bukavu, ces enfants ont trouvé un toit. Reste à savoir si la solidarité suivra pour leur offrir bien plus qu’un refuge : une chance de grandir loin de la peur et de l’oubli.


