La dégradation de la situation sécuritaire dans la chefferie de Kaziba, en territoire de Walungu, au Sud-Kivu, provoque une crise humanitaire préoccupante.
Depuis le 12 octobre 2026, les affrontements armés entre les rebelles de l’AFC/M23 et les combattants Wazalendo, appuyés par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ont contraint plus de 12 000 ménages à abandonner leurs habitations. Derrière ces déplacements massifs, des milliers de familles sont confrontées à l’incertitude, à la peur et à la nécessité de trouver un abri dans des localités voisines.
La population civile paie un lourd tribut aux violences armées qui secouent la chefferie de Kaziba. Au 25 octobre, la poursuite des affrontements et l’extension de l’insécurité dans plusieurs localités aggravent les difficultés des habitants, dont beaucoup ont dû fuir précipitamment pour protéger leur vie.
Les combats, signalés notamment à Miti-Mbili, Butuzi, Mufumbe, Kasigalire, Kashozi, Chemba et Nyamubula, se sont étendus à d’autres localités, dont Chirimiro et Budali. Des actes de pillage sont également rapportés à Budali, selon les informations locales communiquées.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que Chirimiro, Budali et Bandale étaient considérés comme des lieux de refuge pour les populations fuyant les violences. La dégradation de la sécurité dans ces localités réduit les possibilités de trouver un abri sûr à proximité des zones affectées.
Plus de 12 000 ménages contraints à l’exil
L’ampleur des déplacements de population illustre la gravité de la crise. Plus de 12 000 ménages auraient quitté leurs villages pour se mettre à l’abri dans plusieurs entités, notamment à Luhwinja, Burhinyi, Ngweshe, Bufuliro et Bukavu. Ce bilan, rapporté par des sources locales, témoigne de l’importance des besoins auxquels les familles déplacées pourraient être confrontées.
Derrière ces chiffres se trouvent des enfants, des femmes, des personnes âgées et d’autres personnes vulnérables qui doivent reconstruire leur quotidien loin de leurs domiciles, parfois sans avoir pu emporter leurs biens essentiels.
L’accueil des déplacés dans les communautés voisines fait peser une pression supplémentaire sur les familles hôtes, elles-mêmes susceptibles de disposer de ressources limitées. L’accès à la nourriture, à l’eau potable, aux soins de santé et à un hébergement adéquat constitue ainsi une préoccupation majeure.
A mesure que les déplacements se poursuivent, l’identification des besoins et l’évaluation de la situation des ménages deviennent essentielles pour organiser une réponse humanitaire adaptée.
L’accès aux soins et à l’éducation compromis
Les conséquences de cette crise dépassent les seules pertes matérielles. Plusieurs blessés sont signalés dans le contexte des affrontements, tandis que l’insécurité complique les déplacements des habitants et l’accès aux structures de santé.
Les familles déplacées risquent également de voir leur accès aux soins de santé se détériorer, particulièrement lorsqu’elles doivent quitter leur lieu de résidence habituel et trouver refuge dans des localités où les ressources médicales sont limitées.
Sur le plan éducatif, la fermeture de plusieurs écoles prive de nombreux enfants de leurs activités scolaires. Au-delà de l’interruption des apprentissages, cette situation fragilise leur protection et leur stabilité psychologique, dans un contexte marqué par la peur et l’incertitude.
La reprise des cours dépendra notamment de l’évolution de la situation sécuritaire et de la possibilité pour les élèves et les enseignants de regagner les établissements sans s’exposer aux violences.
Transport perturbé et activités économiques au ralenti
La crise affecte également les moyens de subsistance des populations. Le trafic sur l’axe Kaziba-Nyangezi-Bukavu est perturbé, limitant les déplacements et compliquant la circulation des biens et des personnes.
Les marchés locaux fonctionnent au ralenti, de nombreux habitants redoutant de sortir de chez eux. Cette réduction des activités commerciales risque d’affecter les revenus des ménages et leur capacité à se procurer les produits de première nécessité.
Pour les familles ayant fui leurs habitations, la perte des revenus habituels et l’éloignement des moyens de subsistance peuvent accentuer rapidement la précarité. Les besoins humanitaires ne concernent donc pas uniquement l’accueil immédiat des déplacés, mais également les moyens de leur permettre de satisfaire leurs besoins essentiels.
Une assistance humanitaire urgente nécessaire
Face à cette situation, la protection des civils et l’assistance aux familles déplacées constituent des priorités. Une évaluation humanitaire approfondie permettrait de préciser le nombre de personnes affectées, leurs lieux de refuge et les besoins les plus urgents.
L’aide devrait notamment porter sur la distribution de vivres, l’accès à l’eau potable, la mise à disposition d’abris d’urgence, les articles ménagers essentiels, les soins de santé et la protection des personnes les plus vulnérables.
Une attention particulière doit être accordée aux enfants, aux femmes enceintes, aux personnes âgées, aux personnes vivant avec un handicap et aux familles séparées par les déplacements. La continuité de l’éducation et la prise en charge psychosociale des personnes traumatisées par les violences méritent également une attention particulière.
Parallèlement, la sécurisation des populations civiles et le respect du droit international humanitaire sont indispensables pour prévenir de nouvelles souffrances et permettre aux acteurs humanitaires d’évaluer les besoins et d’apporter leur assistance dans des conditions sûres.
Des populations plongées dans la peur et l’incertitude
Dans la chefferie de Kaziba, les déplacements massifs, les fermetures d’écoles, les perturbations du transport et le ralentissement des activités économiques entretiennent un climat de psychose généralisée.
Les habitants se retrouvent confrontés à une double épreuve : échapper aux violences armées et tenter de préserver leurs conditions de vie dans un environnement devenu incertain.
Alors que les combats continuent de menacer la stabilité des communautés, l’urgence est de protéger les civils, de répondre aux besoins des ménages déplacés et de prévenir une aggravation de la crise.
Au-delà du bilan sécuritaire, la situation de Kaziba rappelle que les populations civiles demeurent les premières victimes des conflits armés. Pour les milliers de familles contraintes de fuir, la priorité reste désormais de trouver un refuge sûr, de se nourrir, de se soigner et de retrouver des conditions de vie dignes.


