La société civile du Sud-Kivu tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la recrudescence des meurtres par strangulation, communément appelés localement « phénomène Kabanga », signalés dans la chefferie de Ntambuka, sur l’île d’Idjwi.
Ces actes de violence, qui se multiplient ces derniers mois, plongent les habitants dans une profonde inquiétude, tandis que les personnes vivant avec albinisme apparaissent parmi les cibles les plus exposées.
Selon le bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, la situation sécuritaire dans cette partie du territoire d’Idjwi devient de plus en plus préoccupante. Le cas le plus récent remonte à la dernière semaine de février 2026, lorsqu’une jeune fille a été retrouvée morte après avoir été étranglée alors qu’elle travaillait dans son champ. Le crime, survenu en pleine matinée, aux environs de 9 heures, a profondément choqué la communauté locale en raison de sa brutalité et de l’audace des auteurs.
Pour les acteurs de la société civile, cet assassinat illustre la gravité d’un phénomène qui continue de s’enraciner dans certaines localités de l’île. Ils dénoncent l’absence de mesures concrètes capables d’endiguer ces crimes, malgré les nombreuses alertes déjà lancées par les organisations communautaires.
Rapporteur de la société civile du Sud-Kivu et responsable de l’Association pour la Promotion et l’Inclusion des Albinos (APIA), Juvénal Lushule exprime une vive inquiétude quant à la situation particulière des personnes vivant avec albinisme. Selon lui, cette catégorie de la population vit désormais dans une peur permanente, certains étant contraints de modifier leurs habitudes ou de se cacher pour échapper à d’éventuelles attaques.
« Les albinos sont aujourd’hui traqués par ces hors-la-loi. Ils vivent dans une insécurité constante et beaucoup se sentent obligés de rester dans la clandestinité pour préserver leur vie », alerte-t-il, soulignant que ces crimes accentuent davantage la marginalisation dont ils sont déjà victimes.
Face à cette situation, la société civile appelle les autorités compétentes à prendre des mesures urgentes pour protéger les personnes vulnérables, en particulier celles vivant avec albinisme. Elle insiste également sur la nécessité d’une mobilisation collective de la population afin d’identifier les auteurs de ces crimes et de les traduire devant la justice.
Les acteurs communautaires redoutent par ailleurs que l’absence de réponses fermes ne favorise l’installation d’un climat d’impunité, susceptible de pousser certains habitants à se faire justice eux-mêmes. Une telle situation risquerait d’aggraver davantage les tensions et de compromettre la cohésion sociale au sein des communautés locales.
Pour Juvénal Lushule, seule une action déterminée des services de sécurité, appuyée par une véritable volonté politique, permettra de mettre un terme à ces violences et de restaurer un climat de confiance parmi les populations d’Idjwi. En attendant, la peur continue de planer sur l’île, où les personnes vivant avec albinisme restent parmi les plus exposées à ces crimes aussi cruels qu’injustifiables.


