Les conséquences sont lourdes dans les villages riverains du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), joyau écologique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
De violents affrontements entre les éléments de l’AFC/M23 et les patriotes Wazalendo, survenus dans le groupement d’Irambi-Katana, territoire de Kabare (Sud-Kivu), ont paralysé les activités socio-économiques, provoquant un déplacement massif des populations vers Kavumu, Lwiro et Katana centre. Mais au-delà de la crise sécuritaire et humanitaire, c’est l’environnement déjà fragile du parc et de ses environs qui se retrouve une fois de plus en première ligne.
Autour du PNKB, la vie quotidienne est intimement liée à la nature : agriculture familiale, petits marchés, écotourisme communautaire et activités scolaires de sensibilisation environnementale. Vendredi, tout s’est arrêté. Les écoles ont renvoyé les élèves à la maison, les champs ont été abandonnés et les marchés sont restés déserts. « Quand il y a des combats, personne ne pense à cultiver ou à protéger la forêt. On cherche d’abord à sauver sa vie », confie un agriculteur de Katana, inquiet des incursions incontrôlées dans les zones forestières protégées.
Ces déplacements forcés exercent une pression directe sur l’écosystème du parc. Les familles fuyant les combats s’installent parfois à proximité de la forêt, avec des besoins urgents en bois de chauffage, en eau et en nourriture. « À chaque crise sécuritaire, la forêt paie le prix fort », alerte un acteur local de la conservation à Lwiro. « Les coupes anarchiques, la chasse de survie et l’occupation illégale des zones tampons augmentent, mettant en danger la biodiversité unique du Kahuzi-Biega, notamment les gorilles de plaine de l’Est».
Du côté de la société civile environnementale, la préoccupation est palpable. « La paix et la protection de l’environnement vont ensemble », insiste une militante écologiste de Kavumu. « Sans stabilité, il est impossible de parler de conservation durable. Le parc n’est pas seulement une réserve naturelle, c’est une source de vie pour des milliers de familles». Elle appelle les parties au conflit à épargner les zones protégées et à respecter les communautés locales qui en dépendent.
Alors que le calme reste précaire, les habitants des villages environnants du PNKB espèrent un retour rapide à la sécurité, condition indispensable pour reprendre les activités socio-économiques et préserver ce patrimoine naturel exceptionnel. Car au Sud-Kivu, chaque balle tirée près du parc résonne aussi comme une menace de plus contre l’environnement et l’avenir des générations à venir.


