La Faculté de santé publique de l’Université de Kisangani (UNIKIS) a enregistré, ce mardi 28 juillet 2026, une brillante soutenance de mémoire de Diplôme d’études approfondies (DEA) en méthodes appliquées en santé publique.
A l’issue de cet exercice académique, Dr Thérèse Mokaria Lisono a décroché son diplôme avec la mention Grande Distinction.
Son mémoire, intitulé « Recours tardif à la première consultation prénatale et facteurs associés chez les femmes enceintes à Kisangani », s’est penché sur une problématique majeure de santé maternelle en République démocratique du Congo.
Le jury était composé du Professeur Katenga (président), du Professeur Alworonga (secrétaire), du Professeur Joris Losimba (promoteur), du Professeur Dr Bosenge Nguma (co-promoteur) ainsi que du Professeur Mwembo Tambwe, de l’Université de Lubumbashi (membre).
Une étude menée auprès de 1 346 femmes enceintes
Dans son travail, la chercheuse rappelle que le recours tardif à la première consultation prénatale (CPN1) constitue un obstacle à l’atteinte de l’objectif fixé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui recommande un premier contact avant 12 semaines d’aménorrhée. Malgré une bonne accessibilité géographique aux structures de santé à Kisangani, ce retard demeure fréquent.
L’étude, de type transversal analytique, a été réalisée du 1er avril au 1er juin 2025 auprès de 1 346 femmes enceintes recrutées dans 50 établissements sanitaires répartis dans les cinq zones de santé de Kisangani. Les données ont été analysées à l’aide du logiciel STATA 13.1, avec une régression logistique multivariée afin d’identifier les facteurs associés au recours tardif à la CPN1.

Les facteurs comportementaux plus déterminants que les obstacles financiers
Les résultats montrent que les participantes étaient en majorité jeunes, avec un âge moyen de 25,9 ans. Plus de la moitié (52,08 %) ne disposaient pas d’un emploi stable et 61,88 % avaient un faible niveau d’instruction. Par ailleurs, 57,95 % pensaient, à tort, que la première consultation prénatale devait débuter après le premier trimestre de grossesse.
Contrairement aux idées reçues, l’analyse statistique révèle que les difficultés financières ne constituent pas un facteur déterminant du recours tardif à la CPN1.
Les principaux facteurs associés identifiés sont notamment l’antécédent d’une consultation prénatale tardive lors d’une grossesse précédente (ORa = 3,80 ; IC 95 % : 2,30–6,30) ainsi que la multigestité (ORa = 7,13 ; IC 95 % : 1,21–42,1). À l’inverse, le mariage apparaît comme un facteur fortement protecteur (ORa = 0,17 ; IC 95 % : 0,10–0,27).
Un appel à renforcer la sensibilisation
Selon Dr Thérèse Mokaria Lisono, le retard observé dans le recours à la première consultation prénatale est davantage lié à des facteurs comportementaux, notamment les fausses croyances, la confiance excessive acquise après plusieurs grossesses et l’isolement psychosocial, qu’à des contraintes financières.
Elle recommande que les programmes de santé maternelle ciblent particulièrement les femmes multipares et intensifient les campagnes de sensibilisation afin de déconstruire les idées erronées sur le moment opportun pour débuter le suivi prénatal.
A l’issue de sa soutenance, la nouvelle diplômée a également invité les femmes enceintes à effectuer précocement leurs consultations prénatales afin d’assurer un meilleur suivi de leur grossesse, de préserver leur santé et celle de leur futur enfant.
Augustin Tsheza