À Uvira, l’absence d’emplois pour les jeunes diplômés ne constitue pas seulement un défi économique. Elle devient progressivement une question de droits humains, en particulier du droit à la dignité et au bien-être psychologique.

Après plusieurs années d’études, de nombreux jeunes se retrouvent confrontés à une attente interminable d’un emploi qui ne vient pas. Cette incertitude permanente crée un climat d’angoisse, de découragement et parfois de perte de confiance en soi.

Dans la ville et le territoire d’Uvira, plusieurs diplômés témoignent d’un sentiment de frustration face à un avenir devenu incertain. « Quand on finit l’université, on pense que la vie va commencer. Mais quand les mois passent sans travail, on se sent inutile », confie Patrick M., licencié en sciences sociales. Pour lui, le chômage prolongé ne détruit pas seulement les espoirs professionnels, il affecte aussi l’équilibre mental des jeunes qui se sentent marginalisés au sein de la société.

Les spécialistes de la question sociale tirent également la sonnette d’alarme. Selon Fazili Ruziba Patient, inspecteur du travail et chef intérimaire de l’inspection du travail à Uvira, la proportion de jeunes sans emploi reste très élevée dans la région. « Cette situation ne doit pas être vue uniquement sous l’angle économique. Le manque d’accès au travail peut provoquer une pression psychologique importante chez les jeunes diplômés », explique-t-il. À ses yeux, certaines conditions d’embauche, notamment les exigences d’expérience pour les débutants, ferment la porte à une génération entière.

Dans les quartiers d’Uvira, cette réalité se traduit par une multiplication des activités précaires, souvent loin des compétences acquises à l’université. « Beaucoup de jeunes vivent aujourd’hui dans la honte et le stress parce qu’ils ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins ni à ceux de leurs familles », observe Marie-Chantal N., militante d’une organisation locale de défense des droits sociaux. Elle estime que le droit au travail doit être considéré comme un pilier essentiel pour préserver la santé mentale et la dignité des jeunes.

Face à ce contexte difficile, certains acteurs locaux encouragent le développement d’initiatives économiques portées par les jeunes eux-mêmes. L’entrepreneur Robert Mayani Tumaini pense que la créativité peut devenir un outil de résilience. « Les jeunes doivent être accompagnés pour transformer leurs idées en activités génératrices de revenus. Cela peut aussi restaurer leur confiance et leur équilibre personnel », affirme-t-il. Toutefois, plusieurs défenseurs des droits humains rappellent que l’entrepreneuriat ne peut remplacer les politiques publiques nécessaires pour garantir à la jeunesse d’Uvira une insertion professionnelle digne et respectueuse de ses droits fondamentaux.

Share.
Leave A Reply

Exit mobile version