À Walungu, au Sud-Kivu, une scène devenue banale choque autant qu’elle inquiète : des enfants et adolescents ont déserté les bancs de l’école pour vendre des œufs dans les bars, hôtels, maisons de vente de boissons et jusque dans les rues animées de la cité.
Derrière ces paniers fragiles se cache une détresse sociale profonde.
À la tombée du jour, ils arpentent les avenues de Walungu, plateaux d’œufs à la main, frappant aux portes des débits de boisson et des boîtes de nuit. La plupart devraient être en classe ou à la maison, mais la pauvreté les a poussés vers le commerce informel. « Ici, on ne nous demande pas l’âge, on nous demande juste les œufs », lâche un jeune vendeur rencontré près d’un bar. Pour ces enfants, chaque œuf vendu est une petite victoire contre la faim, mais aussi un pas de plus loin de l’école.
Innocent Mugisho Naciguha, encore adolescent, raconte une histoire devenue tristement commune. « J’ai quitté les études après la mort de mon père, la vie est devenue très difficile », confie-t-il, la voix serrée. Chaque matin, il se bat pour réunir 30 000 francs congolais afin d’acheter trois plaquettes d’œufs. « J’en vends une moi-même et j’envoie mes deux frères vendre les deux autres », explique-t-il. Une stratégie de survie familiale qui sacrifie l’éducation sur l’autel de l’urgence quotidienne.
Des habitants s’alarment de cette situation. « Ce sont des enfants, pas des commerçants », s’indigne une mère de famille. Un enseignant de Walungu ajoute : « Quand un enfant quitte l’école, c’est toute la société qui recule ». Pourtant, faute de soutien social et de mécanismes de protection, ces jeunes semblent piégés dans un cercle vicieux. À Walungu, la vente d’œufs n’est plus un simple petit commerce : elle est devenue le symbole cruel d’une enfance brisée et d’un avenir hypothéqué


