Au Sud-Kivu, l’intensification des conflits armés met en péril la vaccination de routine des enfants. Centres de santé détruits, pénurie de vaccins, déplacements massifs des familles : la protection sanitaire des plus jeunes vacille, au risque de raviver des maladies pourtant évitables.

La guerre n’épargne plus les seringues ni les carnets de vaccination. Dans plusieurs zones de santé du Sud-Kivu, la destruction des infrastructures sanitaires et la rareté persistante des vaccins compromettent gravement le respect du calendrier vaccinal de routine. Alertant sur cette situation critique, le Dr Claude Bahizire, chargé de communication à la Division provinciale de la santé (DPS), dresse un tableau sombre : « Les affrontements ont détruit des centres de santé, emporté des agents et coupé l’approvisionnement en médicaments. Dans ces conditions, vacciner régulièrement les enfants devient parfois impossible ». Une alerte lancée alors que les besoins, eux, explosent.

Sur le terrain, la frustration grandit chez les parents. Malgré leur volonté de protéger leurs enfants, beaucoup repartent les mains vides. « Les parents aiment bien la vaccination, ils amènent les enfants. Mais souvent, le vaccin n’est pas disponible au site », regrette le Dr Bahizire. Cette répétition de rendez-vous manqués finit par décourager. Face à ce risque de relâchement, le médecin appelle à la persévérance et à la mobilisation de tous les acteurs : « Si chacun jouait pleinement son rôle de sensibilisateur, il y aurait moins de refus et moins d’abandons ».

Les enfants déplacés paient le plus lourd tribut. En territoire de Kabare, notamment dans les sites de refuge de Miti-Murhesa, des centaines d’enfants grandissent sans protection vaccinale. Delphin Muhane, infirmier titulaire du centre de santé de Mulungu-Inera, témoigne : « Les services existent, mais les sites sont trop éloignés. Certains parents ne peuvent pas parcourir de longues distances ». À cela s’ajoutent les ruptures ciblées : « Souvent, il y a rupture de vaccins, surtout le BCG », confie-t-il, tout en soulignant les efforts des relais communautaires qui vont « porte à porte » pour sensibiliser malgré les contraintes sécuritaires et logistiques.

Pour les soignants, l’enjeu est vital. À Kamanyola, dans le territoire de Walungu, l’infirmier Arsène Kamalebo rappelle que la vaccination reste l’un des piliers de la survie infantile. « Elle renforce l’immunité et réduit fortement la mortalité chez les enfants », insiste-t-il, citant la rougeole, la poliomyélite et d’autres maladies mortelles toujours présentes. Dans un contexte de guerre prolongée, les acteurs sanitaires plaident pour un accès sécurisé aux vaccins, un soutien logistique renforcé et une sensibilisation communautaire accrue. Car au Sud-Kivu, sauver la vaccination, c’est encore sauver des vies.

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