A la veille de la rentrée scolaire, l’ambiance n’est pas à la fête au marché Manzeku, dans le quartier Commercial, à quelques mètres de la Maison communale et non loin du très animé carrefour « Super Lemba ».
Alors que les enfants s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école, de nombreux parents se demandent encore comment réunir l’argent nécessaire pour leur acheter fournitures, uniformes et autres effets scolaires.
Dans les allées du marché, les fournitures sont pourtant bien là. Cahiers, stylos, sacs et autres articles scolaires attendent leurs acheteurs. Mais les clients se font rares. Derrière les étals, les vendeurs observent, impuissants, cette rentrée qui approche sans apporter l’affluence espérée.
Autrefois surtout réputé pour le marché uniquement des épices, Manzeku s’est progressivement diversifié. On y trouve aujourd’hui des légumes, du poisson, des braises, mais également des fournitures scolaires et bien d’autres produits. Si le marché n’a pas la fréquentation de celui de Matete, il reste un point de ravitaillement important pour les habitants du quartier.
Mais à l’approche de la rentrée, un rayon semble particulièrement désert : c’est celui des fournitures scolaires.
Depuis le matin, Faustin Ngasia, vendeur d’articles scolaires, attend ses clients. En vain. « En tout cas, la rentrée des classes est pour demain. Cependant, les parents ne viennent pas acheter les fournitures scolaires. Depuis que je suis ici à 9 heures, je n’ai vendu aucun objet », raconte-t-il, visiblement désemparé.
Derrière cette absence de clients se cache une autre inquiétude : celle du vendeur lui-même, qui doit également préparer ses propres enfants pour la rentrée.
« Je suis désemparé, parce que je dois moi aussi envoyer mes enfants à l’école mardi… »
« Je suis désemparé, parce que je dois moi aussi envoyer mes enfants à l’école mardi. Je ne sais pas comment me préparer pour mes enfants. Tout le monde se plaint qu’il n’y a pas d’argent, alors que le marché est plein de fournitures. Les fonctionnaires ne sont pas encore payés jusque-là. Cela perturbe toutes les prévisions », confie-t-il.
A quelques mètres de là, l’histoire se répète dans un petit atelier de couture. Une couturière d’une quarantaine d’années vient à peine de recevoir une commande pour la confection d’une uniforme. Une commande qui tranche avec le calme inhabituel qui règne dans son atelier.
« C’est une situation très difficile qui se justifie par le manque d’argent des parents, dont beaucoup, d’ailleurs, ne sont pas encore payés. Ce qui fait qu’il n’y a pas d’engouement ici à Manzeku», explique Yvonne, couturière, et mère de trois enfants.
Elle se souvient encore de l’ambiance qui régnait à la même période l’année dernière. « Contrairement à l’année passée, nous avions vu, à cette période précise, beaucoup de parents venir nous solliciter pour la confection des uniformes de leurs enfants. Ce qui n’est pas le cas cette année. C’est vraiment timide », déplore-t-elle.

Cette couturière est elle-même rattrapée par les mêmes difficultés que ses clientes. Car derrière son métier et son atelier se trouve aussi une mère qui doit préparer trois enfants à reprendre le chemin de l’école.
A quelques pas de là, Madame Sarah Mushiya rencontrée à la sortie de l’église Communauté presbytérienne de Kinshasa (CPK/Lemba). Mère de quatre enfants, elle n’échappe pas à cette réalité.
Comme beaucoup d’autres parents, elle doit faire face à plusieurs dépenses alors que les ressources disponibles ne suivent pas.
» J’ai déjà quelques fournitures pour deux enfants. Cependant, il manque pour deux autres alors que la rentrée des classes est pour ce mardi. C’est dur. Je crois que Dieu me fera grâce« , a-t-elle déclaré, visiblement confiante.
Au marché Manzeku, la rentrée scolaire se joue donc aussi dans les inquiétudes silencieuses des parents. Certains comptent encore sur un salaire attendu, d’autres espèrent une rentrée d’argent de dernière minute. Pendant ce temps, les fournitures restent exposées sur les étals et les uniformes attendent d’être cousus.
A quelques heures de la reprise des cours, pour ces familles, la rentrée n’est pas seulement une date inscrite au calendrier scolaire. Elle est devenue un véritable défi quotidien, entre espoir, débrouille et incertitude.


